21 juin 2006
Les chants désespérés sont les chants les plus beaux...
...Et j'en connais d'immortels qui sont de purs sanglots...
Avez-vous déjà ressenti le vertige délicieux qu'on éprouve en marchant avec de la musique dans les oreilles? Le monde qui n'existe plus que pour son désir narcissique intérieur, tout-puissant? La démarche erratique et les mains saccadées, au rythme des visions mentales qui naissent lorsque le corps et l'esprit entiers vivent dans le morceau?
Je ne peux écouter bien la musique que debout.
Debout dans la rue - au point que je préfère marcher plutôt que de prendre le métro ou les escaliers roulants. Sinon debout chez moi, debout dans le salon, loin des regards, libre de me démener. Parmi les sensations les plus obsédantes, celle-ci: je pilote dans un vaste tourbillon, mélange de tunnel et de paysages, proche de la fin de "2001, l'odyssée...", avec un sentiment d'urgence extrême et de mélancolie envers des personnes de mes vies passées, présentes ou rêvées, qui parfois sont là et m'accompagnent, ou me suivent; la sensation ressentie est celle de l'instant où j'arrive au bout du tourbillon, comme à la fin d'un compte à rebours, et où je fais un demi-tour à une vitesse dépassant mon imagination, dérapage qui provoque donc le vertige, le monde extérieur défile comme au ralenti. Presque une syncope...
Et cette ivresse m'emporte sans distinction de musique (à part le mauvais bal musette et le mauvais r'n'b j'écoute tout), mais juste soudain, sur une note, une mesure ou un coup de batterie précis...
Quelques exemples parmi des centaines: les 2 coups de caisses claires qui terminent l'ouverture et lancent le rythme de "Gimmie Shelter", des Stones; le moment où la cymbale principale reprend en accompagnant la révélation du thème complet à la fin de "Crispy bacon" de Laurent Garnier, version Neptunus; une seule note très précise vers la fin du solo de "Sultans of Swing" (live sur Alchemy) des Dire Straits; le basculement dans "Polytheme man", sur Abbey Road; le départ du solo de "I heard it through the grapevine" des Creedence; l'ouverture de Don Giovanni et de la Flûte enchantée; la rythmique qui suit l'ouverture de Tommy, des Who; la longue phrase de la fin du premier air des variations Goldberg de Bach dans la version que Glen Gould enregistre en 1981; le break qui introduit le deuxième thème de "Pulsar Glitch" de Total Eclipse; l'attaque de "Moneyrunner" de Quincy Jones; l'accélération brutale dans la 2e partie de "Walking in space" sur la comédie musicale "Hair" (pas le film); la longue "remontée" des violons entre les deux parties chantées du dernier mouvement de la 9e de Beethoven; l’alternance entre les "I know" et la grosse caisse au milieu du "Ain’t no sunshine" de Bill Withers; le refrain de "A Rose for Emily" des Zombies; la transition au refrain de "Lady Stardust" de Bowie, notamment en version piano seul; "la "déchirure" au début de "la jeune fille et la mort" de Schubert; les attaques de "Stop dragging around" de Lenny Kravitz, "Dans ton lit" de Téléphone, "Dead" des Pixies, "Long way to the top" d’ACDC, "The fly" de U2, "Judy blue eyes" de Crosby, Stills & Nash, "Somebody to love" de Jefferson Airplane, ou encore le coda de la symphonie Jupiter de Mozart, etc. etc. Et aussi "U got 2 let the music" de Capella et plein comme ça, parce qu’on a tous des plaisirs inavoués.
Pff… Plus j’y pense plus j’en trouve, c’est terrible...
Et vous ?
14:50 Publié dans Chroniques culturelles | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note

Commentaires
... La course éperdue de l'intro de "On the run" des Pink Floyd, le rythme dément de "Reactor Conga Fury" sur la B.O. de Animatrix, la voix hystérique de System of a Down dans "Suggestions", les violons colériques juste après l'intro de "Meltdown" sur la B.O. de Donnie Darko ... Nannnnnnnnnnn allez, j'arrête ! J'vais pourrir des pages et des pages de tes commentaires sinon !!!
Ecrit par : Tyrane | 22 juin 2006
... les alternances thématiques de "Uncle Albert/Admiral Halsey" de McCartney, la rage finale de "Paranoid Android" de Radiohead, la chant d'amour entre les bois et les cordes de la 40ème symphonie de Mozart, la beauté planante de "Good vibrations" des Beach Boys (ou le très inspirant pour le pré-cité Macca "I'm Waiting For The Day" des mêmes Beach Boys, avec sa « basse vocale" qui fait du trampoline), le touche-au-divin-en-2-minutes-à-peine du "Knocking on Heaven's Door" de Dylan, l'intro en forme de Big-bang de "Dark Side Of The Moon" des Floyd (Tous les sons s'y trouvent en gestation, enflent, prennent de la place, gonflent, jusqu'à exploser dans le cri déchirant de la naissance), le rock-progressif désespéré de "Cargo Culte" de Gainsbourg, la fin implorante de "Get Out Of My House" d'une Kate Bush ne voulant pas laisser entre un homme dans sa "maison", la révolution harmonique de Beethoven lançant comme un pavé dans la mare de la Musique son introduction de sa 1ère symphonie, l’énergie pure d’une Ella Fitzgerald chantant, improvisant des paroles, scattant sur "Mack the Knife" avec Duke Ellington aux commandes de son orchestre, le créateur du Hard Rock "Helter Skelter" et ses 2 fausses fins, puis sa presque vraie fin ("I've got blisters on my fingers!" de Ringo) puis la vraie fin en accords de guitare, le délire "mort-vivantesque" d’Higelin dans "Champagne", la version de Joe Cocker de "With a Little Help From My Friends" créant au passage la plus belle reprise de l’histoire des reprises, le magnifique "Street Fighting Years" des Simple Minds…
tout ça, et bien d’autres choses, me fait dire : "Music was my first love, and it will be my last…”
Merci pour ton billet
Ecrit par : Pepper | 08 septembre 2006
La 100ème seconde de "Tangerine" de Led Zeppelin !
Ecrit par : Olivier | 24 mars 2008
Juste pour dire que la citation est fausse , il faut dire "Et j'en SAIS d'immortels qui sont de purs sanglots" pour avoir 12 syllables et donc un alexandrin en écho a la premiere partie de la phrase :)
Ecrit par : Anonyme | 19 septembre 2008
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