26 janvier 2007
Ken Cantal : épisode 6
(1ère diffusion le 12 juillet 2006)
A l’instar de Berlin en 1945, vous êtes très partagé.
On a l’impression que ça fait trois jours que vous hésitez, là, planté entre le bureau vitré et le bar tamisé. Survoler le dossier qui vous permettra de moins avoir l’air d’un French branleur devant le président et son staff ? Ou alors vous dégourdir l’amygdale? Et la petite copine de la trop sérieuse Kelly, où est-elle ? L’agitation monte autour de vous, annonciatrice de l’entrée en scène imminente du président.
Alors que vous hésitez à aborder l’un des nombreux barbouzes qui labourent la moquette alentour, voici que c’est l’un deux qui s’approche de vous, un porte-habit à la main. Comme ses collègues du secret service, il mastique un chewing gum (probablement truffé de technologie) et vous tend son paquet. Impassible.
- Ken Cantal ? De la part de Miss Kelly. Elle a dit que vous en auriez probablement besoin. Elle m’a aussi demandé de vous retirer vos armes, si vous en avez.
Joignant le geste à la parole, il vous palpe, et vous allège du laguiole que vous portiez dans la chaussette gauche. A quoi bon protester…
Vous vous enfermez dans le bureau et vous vous changez. Evidemment, le pantalon est trop serré, mais vous n’êtes pas du genre claustrophobe de la testicule, donc ça ira. La veste est parfaite (quoiqu’un peu démodée, son dernier propriétaire ayant sans doute servi des cocktails sur un paquebot en 1973). Vous sursautez : la collègue de Kelly vous observe depuis tout à l’heure à travers la vitre du bureau -- pas assez rieuse pour qu’on lie amitié, mais pas encore assez fascinée pour qu’on lie lit (la petite).
Rassuré de ne pas avoir eu à vous décider, vous quittez la pièce, le dossier à la main, et vous proposez à la mignonne d’aller voir si l’arrose, bref, d’aller boire un verre.
- Où ? demande-t-elle avec un sourire niais.
- Eh bien, là (et vous indiquez de vos dents la direction du bar VIP, à 2,5 m.)
Vous prenez deux tabourets.
- Vodka ? Gin ? Bourbon ? Tequila ? Rhum ? Bud ? demande le barman, un rien stressant.
- Milk shake ? engage la poulette en treillis.
- Do you know Ricard ? diplomatez-vous. No ? Well, it’s like a milk shake, but it’s with anis.
- Oh, coquin! minaude-t-elle, ce qui vous plonge dans une profonde méditation sur le multiculturalisme.
Vite interrompue:
- So, que pensez-vous de cette histoire de pastèques ? Vous pensez vraiment qu’il y a une menace ?
C’est Kelly. Elle vient de s’asseoir sur le tabouret à votre droite. Elle a mis un treillis propre et un collier.
00:05 Publié dans Feuilleton: Ken Cantal & l'Or des pastèques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

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