29 juin 2007
Lecture et confiture (plus c'est épais, plus ça colle)
Invité par mon vieux Lebaroude à répondre au "Questionnaire de Procuste" (sic) qui circule ces derniers temps de blog en blog, je m'y prête avec vous savez quoi? Oui, avec plaisir. Il s'agit du jeu frustrant qui consiste à raboter, jusqu'à ne garder que 4 références plus ou moins arbitraires... Bon, déjà je sens que je vais tricher.
Les 4 livres de mon enfance
C'est la question la plus dure! Comment ne retenir que 4 livres du temps où on était capable de s'enthousiasmer jusqu'à lire les quasi intégrales des auteurs qu'on aimait?
- "Le Club des Cinq en randonnée" de Enid Blyton, point de départ d'une frénésie de lecture des bibliothèques roses et vertes, jusqu'au mythique "Les Vacances" de la Comtesse de Ségur
- "La Guerre des Mondes" de HG Wells, qui m'emporta dans son univers sciento-pessimiste et par ricochet me plongea ensuite dans Jules Verne
- "Le Seigneur des Anneaux", de Tolkien, dévoré en 36h chrono, comme Monte Cristo et les Mousquetaires
- La trilogie "813" / "Le Triangle d'or" / "Les Dents du tigre" de Maurice Leblanc, qui reste à ce jour un de mes auteurs d'aventures populaires préférés, relu et relu...
(Mais je vois d'ici mon Moi enfant/adolescent qui me reproche de ne pas rendre hommage aux William Golding, H.C. Andersen, Flaubert, Barjavel, Jack London, Roald Dahl, Pierre Dac, P.G. Wodehouse, Gaston Leroux, Maupassant, H. Hesse, Conan Doyle, Walter Scott, Théophile Gautier, Jerome K. Jerome, Alphonse Allais, J.M.Barrie, R.L. Stevenson, Molière, Feydeau & La Fontaine (sur des vieux vinyls Comédie Française de mon père, de la grande époque Charron / Seigner / Chamarat!), Chrétien de Troyes, Lovecraft, Daphné du Maurier, Poe, Mark Twain, Wilde, Ovide (ha ça fait classe ça, mais franchement, les Métamorphoses, quand on commence à se prendre au jeu!), Fitzgerald, Steeman, Kipling, Marcel Aymé, Selma Lagerlöf, les Alfred Hitchcock présente, et bien sûr la lecture clandestine des Mille et Une Nuits traduits par Mardrus et de San Antonio et SAS -- ok, ok j'arrête, mais tellement de choses me reviennent d'un coup en songeant à cette période...)
Les 4 auteurs que je lirai et relirai
- Graham Greene (plus j'en lis et plus j'aime)
- Borges (merci lebaroude, qui a très justement décrit ses nouvelles comme étant "abyssales"...)
- Balzac (c'est comme Proust, Faulkner ou Dragonball Z, il faut se fixer d'y arriver à bout un jour!)
- Céline (lecture ardue, je dois dire, mais c'est une question de gymnastique oculaire)
Les 4 auteurs que je ne lirai probablement plus jamais
- Enyd Blyton & la Comtesse de Ségur (hein parce que bon :-)
- Sade (parce qu'une fois qu'on a lu la "Philosophie dans le boudoir", "Justine", parcouru "Juliette" et les "120 jours...", qu'on a pu constater avec intérêt que les "artistes transgressifs subversifs" ne font que de la redite depuis 200 ans, que les sophismes libertaires mal goupillés, ça ennuie, et que quitte à lire de la belle langue 18ème pleine de subjonctifs salaces, autant lire Laclos ou Voltaire, on peut juste garder l'essentiel : de nouvelles expressions! ("se polluer", "l'autel où brûler l'encens"...))
- Maurice G. Dantec (le provocateur m'intéresse ou m'amuse, mais le romancier m'ennuie -- exactement le contraire de Houellebecq)
- Marc Lévy (et pourtant, vu en interview, il a l'air sympa! mais bon, vous connaissez mes expériences dans ce domaine...)
Les 4 premiers livres de ma liste à lire ou à relire (liste réduite "d'indispensables")
- "La Puissance et la gloire", de Graham Greene
- "Mort à crédit" de Céline
- "Un singe en hiver" de Blondin
- Toutes les nouvelles de Saki, ce ton glacé et imperturbable...
Les 4 livres que je suis en train de lire
- "Moby Dick", de Herman Melville, j'entre enfin dans ce "fameux monument" de la "modernité", comme disait ce pauvre Sartre
- "Quelle famille", de Tom Sharpe, le Wodehouse moderne (enfin, moderne des années 70...)
- "Histoire de France", par Jacques Bainville, le mythique essai récemment réédité en poche (éditions Texto) par mon idole Jean-Claude Zylberstein
- "Pourquoi j'ai mangé mon père", de Roy Lewis, très drôle fantaisie préhistorique
Les 4 livres que j'emporterais sur une île déserte
- "Oncle Dynamite", de P.G. Wodehouse, parce que même mort sur mon île j'en rirai encore
- "Les Démons" de Dostoïevski, pour enfin m'y remettre
- "La Foire aux Vanités", de Thackeray, idem, et puis ça me ferait les premiers pavés pour ma cabane
- "Les Pensées" de Pascal, parce que bon, seul sur une île, entre deux mouettes farcies, on a le temps de penser aux fins dernières
Les premiers mots d'un de mes livres préférés
"Pendant toute la journée d'automne, journée fuligineuse, sombre et muette, où les nuages pesaient lourd et bas dans le ciel, j'avais traversé seul et à cheval une étendue de pays singulièrement lugubre et, enfin, comme les ombres du soir approchaient, je me trouvai en vue de la mélancolique Maison Usher. Je ne sais comment cela se fit, mais, au premier coup d'oeil que je jetai sur le bâtiment, un sentiment d'insupportable tristesse pénétra mon âme."
("La Chute de la Maison Usher", Edgar Poe/ trad. Baudelaire)
Les derniers mots d'un de mes livres préférés
"Au bout d'un quart d'heure, il monta dans la chambre, avec le cocher et un des laquais. Ils frappèrent sans qu'on leur répondit. Ils appelèrent; tout était silencieux. Enfin, après avoir essayé vainement de forcer la porte, ils grimpèrent sur le toit et descendirent par le balcon. Les fenêtres cédèrent aisément; leurs ferrures étaient vieilles....
Quand ils entrèrent, ils trouvèrent, pendu ou mur, un splendide portrait de leur maître tel qu'ils l'avaient toujours connu, dans toute la splendeur de son exquise jeunesse et de sa beauté.
Gisant sur le plancher, était un homme mort, en habit de soirée, un poignard au coeur!... Son visage était flétri, ridé, repoussant!... Ce ne fut qu'à ses bagues qu'ils purent reconnaître qui il était...."
("Le Portrait de Dorian Gray", Oscar Wilde)
Et vous, quelles seraient vos séries de livres? Hein, Môssieur Resse ? Et Vinvin, qui retrouve son abondante verve textuelle ces derniers temps! Et Ludovic, Denice, Largentula et les autres ?...
00:25 Publié dans Chroniques culturelles | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note
20 juin 2007
Lady Chatterley et le téléfilm des bois
18 juin 2007
Cap Tanger (immédiat) (*)
(*) l'auteur de cette double blague est porté disparu
Je ne sais jamais quoi dire aux porteurs de thé. Heureusement, j'en croise peu. La dernière fois, c'était en mai, à Tanger, où j'ai passé plusieurs jours à l'occasion du mariage de mon vieux complice marrakchi Lebaroude avec la belle tangeroise Meriem.
Un conseil : quand un marocain vous dit que son mariage va durer toute la nuit, prenez-le au pied de la lettre...
Le festin commença vers deux heures du matin... Nous étions six voyageurs européens, comme reçus dans les plus beaux fastes des mille et une nuits -- au palais du roi Omar El Neman au moins ! --, entourés de caftans multicolores et de musiques enivrantes... Pour notre part, le combat cessa faute de combattants à plus de six heures du matin, lorsque la mariée repartit une nouvelle fois afin de revêtir son avant-dernière robe... Longue vie aux jeunes mariés, inch Allah (est grand)!
Tanger est une ville ensorceleuse, avec sa médina toute blanche et sa baie indigo, et les côtes d'Espagne dans la brume, à portée de main, contemplées jour et nuit par de jeunes marocains rêveurs assis aux terrasses. C'est le port du Crabe aux Pinces d'Or, plein de mystère et de nostalgie, loin de la tension des touristes pressés. A Tanger, "on a le temps"... On comprends que tant y soit passés, et peu revenus.
Là-bas, j'ai rencontré le délicieux et non moins énigmatique Amine, cofondateur de la jolie revue littéraire tangeroise Nejma (l'Etoile). Je lui ai promis un court texte autour du thème de "la frontière".
Alors voilà, je me suis lancé:
Femme fatale
A Tanger.
Je les vois, vous savez. Je ne vois qu’eux. Ils ne se cachent même plus. Oh ! bien sûr, ils ne traversent pas pour me croiser, mais je sais que je les hante. Tous ceux qui me contemplent, assis à leurs cafés, les yeux écarquillés, immobiles durant des heures à se perdre dans mes courbes mouvantes. Ils devinent de moi des mystères que j’ignore. Certains n’osent pas me regarder en face, timides derrière leur fumée, et c’est un encens bien triste que le vent me rapporte.
D’aussi loin que je me souvienne, des bateaux fragiles et d’habiles sous-marins ont parcouru mes entrailles de part en part, gênés, comme si je ne pouvais les voir ! J’en ai porté, aussi ; j’en retiens toujours des oubliés, enfouis tout au fond des sables de mon âme. Au nord, au sud, à l’ouest, à l’est, je suis la frontière inconnue, sans cesse profonde et légère, salée mais rafraîchissante. Même mes flancs sont traversés de poissons. Le loup de Méditerranée devient bar en Atlantique, et les morues en été se massent devant moi ; la bouche ouverte, les yeux glauques, les voilà qui attendent leur tour.
Dans leur ville blanche, ce port qu’ils ont poussé si fort vers moi tout en haut de leur pays, je sais qu’on goûte mon écume, les collines et les pins, et les volées de marches blanches des ruelles maigres, et cet arrière-goût de chaleur à la traversée des terrasses. Je les caresse en soufflant vers eux. En retour ils m’enlacent, de leurs deux caps qui entourent la baie. Je suis heureuse indigo.
Vos femmes à vous sont voilées parfois ; aucune ne vous regarde comme moi je vous attends.
Et je cache mes lèvres d’un voile de brume blanche, ces côtes noires d'Espagne, qui se dérobent au baiser.
21:30 Publié dans Nouvelles à emporter | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
09 juin 2007
Nivellement par le bas du niveau de la mer : les moules s'inquiètent
Emploi
Avec tous ces plans de déforestation qui se succèdent, c’est de plus en plus dur de trouver un bouleau.
L’arbre gâche la forêt
Le plus dur quand on est garde-champêtre, c’est de résister au tronc-tronc quotidien.
Rome en fleuve
Nul n’est censé ignorer la Loire.
Citizen Haine
Inspection des articles, passage en revue de la presse, bombardement de dépêches... A l’âge de l’information, tu veux gagner la guerre ?
Communique ton ennemi.
Cuisine orientale
En minorité en Irak, en Iran et en Turquie, les cure-dent ont fait les frais de Bush.
Histoire de la médecine
Il n’y a pas si longtemps, les médecins exposaient les patients de manière très stricte aux sangsues.
Ressources Humaines
D’après un sondage, les salariés de Disneyland préfèreraient travailler à la montagne.
Ils en ont Marne la Vallée.
Emigration
Leur boat people pris dans une tempête, les frères tanguent.
Autopsie d’un célibat
Après leur mort, les hommes ont des zobs secs.
13:17 Publié dans Brèves: Fonds de tiroir | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note

