12 novembre 2008

Sweet! Bons baisers de l'écolière japonaise (5)

La suite de l'épopée de JBM et Carl-André au Japon... (début: ici)

"Samedi matin 5:00. "Nous nous trouvons actuellement à Tsukiji au milieu de plein de poissons morts et de crustacés vivants". Avec 50.000 mecs, aussi, qui bossent sur le plus grand marché aux poissons du monde. Nous sommes deux touristes, un appareil photo en main chacun, à jouer entre les caisses d'anguilles, les bacs de poulpes et les carcasses de thons rouges gigantesques. C'est un spectacle ahurissant. Les livreurs vont et viennent sur des dizaines de petits trolleys motorisés qui klaxonnent beaucoup, reliant les stands où se sont vendus les lots aux vans Toyota attendant à la gare routière, en bordure du marché. Les nettoyeurs nettoient les bêtes sur les étals, les découpeurs découpent dans la foulée (à la scie électrique les pièces déjà congelées, au sabre les thons et saumons frais. Au sabre !), les congélateurs congèlent pour partie, les empaqueteurs empaquettent le reste, les deux Blancs jouent à cache-cache dans les cartons, les routiers roulent avec le tout et le marché ferme à notre départ. Pour la première fois de ma vie, je fais l'ouverture d'un buffet de petit-déj à l'hôtel. Carl reconnaît le saumon de son entrée, repéré au marché.

Gym, sieste et bain japonais font le reste de la journée jusqu'au départ pour Shibuya, LE quartier alternatif de la ville. La patrie des "gals" ou Shibuya Girls, ces filles mega-lookées et pour le moins décalées, où co-existent love hotels (lits à l'heure pour les passes mais aussi pour toute une jeunesse tokyoïte logée chez les parents vu le prix du m2, et dénuée de lieux d'intimité), magasins de fringues pointus, disquaires et shoe stores de référence. On y accède, au sortir de la gare, en traversant le plus passant des carrefours piétonniers du monde. Un va-et-vient impressionnant que nous admirons un bon quart d'heure durant à l'étage d'un café dont la baie vitrée surplombe l'intersection (quatre passages cloutés à angle droit, plus un gros zébra diagonal entre la gare et l'entrée du Shibuya piéton). Sympa, mais on n'est pas là pour ça : faut s'acheter des trucs, merde ! Je repère une paire d'adidas série limitée japonaise. "Sweet" me dis-je, jusqu'au moment où le vendeur m'annonce qu'il n'a pas de 46 en stock. Comme il se sent déshonoré de ne pouvoir me satisfaire, il le vit mal et pense au hara-kiri, c'est visible. Un collègue le sauve en passant : au Japon, Adidas ne distribue pas au delà du 45. Tout le monde respire et le vendeur range son sabre. Nous repartons inspecter les environs et localiser notre club du soir, le Womb, une boîte "réputée et pointue" à la fois, sur "plusieurs niveaux mais à taille humaine". Comme on ne la trouve pas, on finit par demander à un pauvre homme assis dans la ruelle que nous arpentons s'il sait quelque chose. Lorsqu'il comprend que nous ne sommes pas de la police, il parle enfin et nous révèle que le Womb, c'est ici, derrière cette porte de local à poubelle, et qu'il en est le videur. On doute un peu mais, 4 heures et quelques mousses plus tard, nous repassons devant l'endroit et constatons qu'une grosse vingtaine de types attendent devant le local à poubelle en question - jamais plus Carl et moi ne serons confiants à ce point lorsque nous referons la queue devant un local à poubelle. Jamais. Pour cela au moins, Tokyo-la-propre restera dans nos mémoires.

Chouette endroit. Bonnes ambiances, looks travaillés comme il faut, danseuses sur des podiums qui arrivent finalement à ma taille, et caméras dans tous les coins pour filmer la soirée d'anniversaire du club (Happy 7, Womb!). Quelques occidentaux, dont 3 français qui rappliquent en nous voyant pour partager leurs vues (troubles) sur les japonaises :
Jean-Louis, bourré : "Hélo, you spike Innglish?"
Carl, instruit mais sur le départ : "Yes."
Le videur s'incline pour nous saluer à la sortie. Instant rare, que nous savourons d'autant plus qu'à Tokyo, nous avons le physique pour mater environ 17 videurs chacun sans transpirer plus que ça. Dans le taxi, Carl se prend à rêver d'un monde meilleur dans lequel les videurs seraient toujours frêles et polis à l'excès...

Nous passons le dimanche dans le train puis à Narita, ville non touristique au possible et reflet plutôt fidèle d'un Japon grand-banlieusard (100 bornes de Tokyo) où nous dînons de sushis et sashimis pour la dernière fois du séjour. Le patron du petit restal familial pose fièrement derrière les plats qu'il vient de composer devant nous, au contraire de sa femme, qui s'éclipse débarrasser l'autre tablée. Dix jours d'observations poussées ont fait leur effet : Carlo me glisse sur le chemin du retour à l'hôtel que d'une manière générale, la "japonaise respectable de plus de 25 ans" (c'est à dire mariée) lui fait l'effet d'une femme effacée. Je crois que je vois un peu ce dont il veut parler...

Lundi. Séparation d'avec Carl-André, larme, puis retour long et sans histoire notable (60% de victoires au Reversi dans l'avion, un voisin ronflant sous son masque hygiénique...), l'Inde de mars déjà en tête.

Voilà en gros, en très très gros. Un sacré voyage qui, euphémismes de côté, ne pouvait tout simplement pas mieux se dérouler. Je tiens à remercier vivement Carl-André et les quelques milliers de japonais croisés durant le séjour pour avoir accepté de jouer le jeu. Sans vous, une telle réussite n'aurait pas été possible. Merci encore. Merci."

11 novembre 2008

Sweet! Bons baisers des écolières japonaises (4)

La suite de l'épopée de JBM et Carl-André au Japon... (début: ici)

"La cigarette, on la trouve en vente partout dans de petites échoppes spécialisées, dans les 7/11 à côté des distributeurs de cash, grâce aux automates présents à de nombreux coins de rue. On fume dans les trains, les restos, les salles de jeu, dans les aéroports (espaces fumeurs dédiés et respectés). Impressionnant, par contraste, de voir à quel point on s'est rapidement habitué, en France, à l'idée que le clopeur doit se casser de là où il boit/dîne/joue pour assouvir son vice/vivre sa passion. Et amusant de se dire que pour une fois, on a été élevés dans le même environnement que nos contemporains japonais.

Parce que les différences culturelles sont quand même légion. Les japonais, par exemple, aiment le base-ball comme aucun autre sport (plus populaire encore que le sumo). Une bien étrange passion, n'est-ce pas ? Des heures assis au stade à bouffer des wings et des dogs tièdes : faut-il être secoué ou japonais pour suivre le base-ball...
- Chier !
Carl-André exprime sa rage et referme la section Sports du Japan Times. Il est moulé dans un t-shirt Boston Red Sox et semble comme affligé par la méforme de son équipe, qui vient de perdre un 3ème match consécutif de play-offs. Je réalise alors que le base-ball est le sel de sa vie à lui aussi, et par la même occasion qu'il n'est de différence insurmontable entre "nous occidentaux" et "eux japonais" ! Le moment est historique et l'anecdote devrait être enseignée dans les écoles.
- Une mauvaise passe des Sox, Carlo ?
- Je perds goût à la vie.
Je le sens intimement touché et tente de le rasséréner avec un commentaire politique impliquant le départ prochain de l'administration Bush.
- W est jeune pour un futur ex-président. Qu'est-ce qu'il va bien pouvoir faire une fois à la retraite ?
- Sais pas. Re-boire ?

Les verres de Bush faisant notre entrain, nous le reprenons, direction Tokyo. Un wagon bondé d'hommes d'affaires en costume noir ou bleu trèèès très sombre, c'est l'uniforme. Trouvez au Japon un mec avec un ensemble gris un peu pâle et il sera styliste, gay, styliste gay ou hautement déconneur par nature (la société l'empêchera alors d'adopter des enfants et il se résoudra à défiler avec ses congénaires sur des chars dans la capitale pour afficher sa différence). Un détail amusant : dans le train, ils ont tous ôté leurs pompes. Ils lisent ou dorment pieds à l'air, les mocassins sagement rangés sous le siège. J'écoute Bran Van et les Cowboys Fringants sur l'iPod de Carl qui écoute l'hôtesse du rail lui proposer une Sapporo, une Ebisu, une Asahi ou une Kirin. A Tokyo, nous descendons du train à Shinjuku, quartier d'affaires/amusement/luxure entourant la plus grande gare du monde. Nous avons un nom d'hôtel et une station de train/métro pour nous, mais nous avons aussi des bagages en main et la révélation face au plan, sur le quai : trouver notre chemin ne sera pas aisé. Marée humaine dans tous les sens et plus de 40 sorties dans la gare, étagée sur plusieurs niveaux, jouxtée à divers centres commerciaux, jointe par des km de couloirs à 4 autres stations de métro de lignes et compagnies différentes... Un merdier pour qui ne veut pas, en sortant au mauvais endroit, se trouver à 4 bornes de son objectif, pourtant lui aussi collé à la gare. On se dit alors que tout s'étant toujours passé pour le mieux depuis notre arrivée, ya pas de raison que ça change. Nous prenons une sortie au hasard, c'est évidemment la bonne et quelques tours de valises à roulettes plus tard faisons le check-in au Hilton : deluxe room au 30ème étage d'un des plus beaux hôtels de la ville. Vue imprenable sur le La Défense local by night. WC encore plus sophistiqué qu'ailleurs (jets d'eau arrière, latéral, façon bidet, air pulsé chaud ou tiède : le full monty - une dizaine de boutons sur le côté, légendés en japonais, qu'on inspecte longuement avant de trouver la chasse "classique"). Nous sommes aussi tout près du Hyatt Hotel, célèbre depuis Lost in Translation... J'hésite puis me lâche : "Sweet".

Après deux heures de découverte du quartier à pied, ses rues de la soif avec bars en enfilade par vingtaines, son Pigallepuissance10 (et ses rabatteurs, pas plus diversifiés qu'à Roppongi), ses galeries d'arcade souterraines, ses luminaires et éclairages verticaux couvrant les façades d'immeubles de 20 étages minimum, son restaurant avec une soupe rouge de piments vraiment costaude qui ne nous laisse pas indemnes (toussotant à la première cuiller absorbée, je mouchette ma chemise de liquide pimenté - autant de trous dans le tissu aujourd'hui. Si si. J'attends les experts du lecteur sceptique de pied ferme)... nous investissons finalement le bar du Hyatt sur le coup de minuit. Une grosse cover charge pour l'entrée puis quelques photos sublimes prises depuis les baies vitrées du 50etquelqueième étage de l'édifice, en faisant la queue, et nous découvrons la salle, pleine de touristes, de yuppies et de sous. On nous dégote une place de merde au bar mais, lorsque nous la gagnons, la plus belle table de l'endroit se libère pour que nous nous y asseyions, juste face la vitre. A peine placés, l'orchestre vient nous divertir et jouer à nos pieds - je pourrais gratter le dos du pianiste tellement il est proche (mais je ne le fais pas.) Carl remarque que c'est le premier Black que nous rencontrons dont il juge le métier honorable... Je le gourmande alors : rabatteur pour strip club n'est pas forcément une occupation répréhensible, et-qui-sommes-nous-donc-pour-juger-ainsi-sous-des-latitudes-qui-ne-sont-les-nôtres ? Je lui assène le coup de grâce : son préjugé ne serait sans doute pas du goût du Guide du Routard. Il admet alors son erreur et promet de ne plus jamais mal considérer un rabatteur. D'ailleurs, il fera amende honorable en acceptant dorénavant de suivre tous ceux qu'il croisera. Je félicite son état d'esprit nouveau, nous vidons nos verres et levons le camp. L'orchestre cesse de jouer à notre départ et le contrebassiste nous escorte jusqu'à l'ascenseur.

A suivre..

10 novembre 2008

Sweet! Bons baisers de l'écolière japonaise (3)

La suite de l'épopée de JBM et Carl-André au Japon... (début: ici)

Mercredi, c'est shinkansen (de "shin" : TGV, et "kansen" : japonais) jusqu'à Kyoto. 520 bornes plus tard, nous sommes installés au 10ème étage d'un Westin, situé sur le flanc d'un petit mont surplombant la ville, avec vue sur collines boisées. Je dis que "Sweet... On respire un peu", Carl ajoute que "J'espère qu'Obama se laissera pousser un afro, s'il est élu". Nous descendons en ville nous faire une Green Tea Ceremony à la japonaise.

10 km de marche plus tard, j'ai une ampoule au pied droit mais nous avons vu la cité by night depuis le 22ème étage de la Kyoto Tower, puis cheminé par à peu près tous les quartiers éclairés. Ville plus aérée, traversée par un petit filet d'eau dans son grand lit, Kyoto, bien qu'étendue, se parcourt bien à pinces. Première ville impériale, elle fait un peu l'effet d'une bourgade de province pour qui vient de Tokyo. (Parce qu'en surplombant la capitale, on se rend compte que 33 millions de mecs dans une ville, ça prend un peu de place. Où que le regard porte à Tokyo, c'est construit. Pas forcément des gratte-ciel de 50 étages, plutôt de l'immobilier résidentiel construit des les 70's et 80's à 10/12 niveaux max, mais une vraie bonne densité... Kyoto, avec ses 2-petits-millions-5 d'habitants de rien du tout et ses constructions basses, repose la vue.)
Décalage horaire persistant, marche et boissons font qu'on s'écroule tôt ce soir là. Carl me demande si je pense que le Japon est le seul endroit au monde où les japonais ne prennent pas de photos, je réponds que je dors.

Le problème d'avoir fait un vol est-ouest pour moi et ouest-est pour lui ? nous n'avons pas le même type de jet lag. Jusqu'au jeudi, il aura été frais comme un gardon tous les jours à 4H00 du mat' et moi, moins. Je n'avais par contre aucune pitié pour son coup de pompe de 18H00 à la nuit tombée. Mais c'est pas si grave, vu qu'on est justement jeudi et qu'on est remis, attablés pour le petit déj à la terrasse d'un Starbucks (une chaîne de coffee-houses locale typiquement japonaise) face à la rivière Kamo-gawa. Le soir venu, des joueurs de musique investissent les berges, mais le jour, c'est le point de ralliement d'une demi-douzaine de buses et d'immenses corbeaux. Vols majestueux des rapaces en cercles au-dessus du Starbucks - Carl se dépêche d'avaler son sugar-donut-w.-cream. "J'espère qu'il n'y a aucune calorie là-dedans" s'encourage-t-il.

Une marche dans le Kyoto central, loin des grands axes quadrillant la ville à angles droits, dans ces petites rues bordées de petites maisons en bois à deux petits niveaux seulement, enserrant de temps à autres un petit temple à l'accès souvent fermé par une (petite) chaînette, et l'arrivée au Nijo Castle. Superbe havre de paix et de verdure, des bâtiments et portails du 12ème siècle, plein de salles dédiées chacune à une occupation typique du shogun : celle où il recevait, celle où il écoutait, celle où il décidait, celle où il décidait de ne plus écouter ceux qu'il recevait... une enfilade de pièces et des peintures/tapisseries dorées d'époque à faire pâlir la déco d'un rappeur bling bling. Mais surtout, un jardin d'un raffinement extraordinaire. Les arbres tortueux et travaillés, les pierres assemblées zen au sol, un héron et sa grue payés par le syndicat d'initiative kyotoïte qui posent tranquilles les pattes dans une mare au reflets verts/jaunes sereins... Un vrai beau moment, qui nous a donné faim. On s'attarde chez un artisan fabriquant des sabres traditionnels puis, en terrasse d'un "bar/lounge à nouilles" très tendance où Carl mixe des pâtes de riz avec une green tea pina colada ("Pour faire viril" précise-t-il), l'on décide de finir le jour au Kiyomizu Temple. Un saut de tacos plus loin, nous sommes englués dans une marée de scolaires nippons qui ont eu la même idée de visite. Des classes dans tous les recoins du temple bouddhiste, magnifique au sommet de l'un des petits monts entourant Kyoto-la-cuvette. Un cimetière forestier à flanc de colline, une source aux vertus régénérantes à laquelle chacun fait la queue pour boire (dans des gobelets métalliques immédiatement stérilisés par une machine incrustée dans la pierre à côté), une vue sur la ville au soleil rasant de toute beauté... De chouettes instants, tout comme au Yasaka Shrine, à deux kilomètres de là seulement. Un autre temple reconstruit vers 1650 en l'honneur du dieu de la santé et de la prospérité, vu à la nuit tombante. Et cette scène fameuse de 4 danseurs/danseuses répétant une lente chorégraphie sur une estrade couverte et entourée de centaines de lampions traditionnels, dans un silence juste troublé par l'eau d'une fontaine à petit débit. (A côté du distributeur Coke.)

Encore tout émus, nous reprenons nos esprits dans une roulotte/resto devant une soupe de nouilles méritée. Un de ces nombreux restaurants "sponsorisés" où le cuistot est fier de servir de la soupe X et des grillades X cuisinées grâce à la marmite X et au grill X. Un gage de qualité mis en avant sur une dizaine de posters constituant l'intégralité de la déco dans la roulotte. Des filles souriantes parce qu'elles mangent du boeuf X tranché fin, d'autres lascives parce qu'elles vont s'envoyer une bonne bolée de soupe mizo X... Nous remercions le restaurateur fan de X en sortant, lestés, et dissertons de cette manie marketing japonaise de mettre une fille à la peau la plus blanche possible en photo, un doigt coquin en bouche, la mine mi-naïve, mi-aguicheuse en façade de n'importe quelle pub. Lorsqu'on ne lit pas les idéogrammes et que la publicité vante une marque et non un produit représenté, impossible de savoir de quoi la demoiselle en photo fait la retape. Franchement c'est étrange, ces clichés de filles aux mêmes mimiques où que le regard se pose ; et un vrai jeu pour le touriste qui tente d'imaginer le sens du message. Tiens, celle-là : un fond rose, une damoiselle en couettes aux lèvres rouges pulpeuses, des dessins de fleurs stylisées de-ci de-là sur l'affiche. Une réclame pour des cours de rattrapage scolaire niveau 5ème ? Pour un parfum d'intérieur contre odeurs tenaces ? Renseignement pris, c'est pour une caisse de retraite. Ok... (Ou pour une marques de clopes : pas sûr d'avoir tout saisi, en fait.)

A suivre...

08 novembre 2008

Sweet! Bons baisers de l'écolière japonaise (2)

La suite du palpitant récit de JBM et Carl-André au Japon... (début: ici)

"Nous sommes lundi et nous marchons beaucoup. Akasaka et Nihombashi, autour de Tokyo Station : un quartier d'affaires construit autour de la bourse, qui tremble à notre passage (-10% dans la journée. Faut pas nous emmerder, nous), le palais impérial et ses jardins, une trotte puis Roppongi et ses ensembles construits sur une petite colline de Tokyo, où historiquement avaient poussé 6 arbres. A leur place, on a trouvé la Mori Tower, dont l'observatoire en hauteur offre un superbe panorama, ainsi que l'accès à un musée d'art moderne réputé. L'expo du moment : "One of the most reknown French artist of our times, Annette Messager", qui mélange oiseaux empaillés et peluches démembrées dans ses installations. Ok, Annette.

Roppongi est aussi un quartier de nuit. Les soldats ricains basés au Japon ont un temps colonisé l'endroit - moins d'uniformes aujourd'hui, mais encore pas mal de rades un temps destinés à divertir les bidasses. La nuit tombée, quand on est Blanc, on a droit aux rabatteurs. Tous les rabatteurs locaux sont Noirs et tous les Noirs locaux sont rabatteurs. Probablement un code couleur souhaité par les patrons Jaunes des strip clubs, histoire de simplifier les rôles...
Rabatteur #1, au galop à notre gauche, agrippé à un de nos bras : "Hey man, 'ssup? Cool spot, aye? Americans? Wanna see some boobs?"
Carl, continuant à marcher : "No thanks, we good."
Rabatteur #2, qui fait l'extérieur droit : "C'mon guys! Shame on you! Show me love!"
Carl, explosant de rire : "Show you love? Très bon, ça !"
Rabatteur #3, coté à 4 contre 1 : "Hein ? Vous parlez français ??"
Et ça se finit en poignées de main, accolades et bières. Notre premier meilleur-ami-tokyoïte est guinéen et gagne sa vie en rameutant les australiens bourrés du coin dans un strip joint de philippines. Sweet.

Mardi file vite, entre notre nouvel hôtel à Ginza, quartier d'ambassades et de boutiques de luxe à l'architecture de luxe, et Akihabara, la "ville électrique". Un ensemble d'une dizaine de blocs où le néon est roi. On y vend à toute heure de la hi-fi, de la micro et de la téléphonie dans une lumière crue, au milieu des galeries de jeux du quartier que peuplent des garçons accros et un poil autistes, faut reconnaître. Parce que passer plus de 6 minutes dans ces salles d'arcade blafardes et (vraiment) assourdissantes, c'est comme dormir paisiblement contre un caisson de basses en boîte : ça demande une bonne dose de zen et une vraie capacité d'abstraction. Mais la vie est bien faite, nos amis autistes ne sont pas perdus à Akihabara : ils ont les Maid Cafés ! Yipee!

Carl définit le maid café comme "une version timide du strip club". C'est un bar de nuit tout ce qu'il y a de plus normal quand on y entre, sauf que le personnel est uniquement féminin et déguisé en écolières un jour, infirmières le lendemain, héros de manga le soir d'après... Les filles rigolent tout le temps, sautillent souvent et parlent avec tendresse aux quelques clients qui osent lever le nez de leur console portable pour causer avec une vraie personne au moins une fois dans la journée. Un petit chaperon rouge nous apporte deux mousses, pouffe en japonais, case un "no english" dans son monologue, pivote de droite à gauche limite frénétiquement et tape des mains, la mine enjouée, avant de repartir en mimant une marelle au sol.

Carl-André : "C'est très phat comme concept, hein ?"

A suivre...

07 novembre 2008

Sweet! Bons baisers de l'écolière japonaise (1)

Mes p'tits amis, le prix du baril flambe (un peu moins mais quand même), alors préparez-vous à voyager en livre!
Pour cela, je vous propose dans les jours qui viennent le carnet de voyage au pays du soleil levant que m'envoie mon comparse JBM. -- Au fait, JBM, c'est le propriétaire des 3ème et 4ème mains des romans que j'écris à 4 mains.

"Alors, le Japon...
Ou plutôt, le Japon avec Carl-André, un pote québécois de 10 ans. Marrant, laconique, politisé, curieux, bilingue, grand mais moins, une crème. Un gaillard anciennement auditeur interne chez Alcan et sur la route les deux tiers de son temps, aux précieux miles et cartes de fidélité hôtelières. Un Montréal-Tokyo pour lui, un Paris-Tokyo pour moi, une arrivée à peu près simultanée, 9 jours sur place entre Tokyo, Kyoto et Narita, 8 nuits entre Marriott, Hilton et Westin. Sweet...

Dimanche petit matin. Je sors d'un avion pris 20 heures plus tôt avec le décalage horaire. J'ai maté 3 films, mangé 4 fois en 8 heures, fait fuir un voisin vers un autre siège inoccupé en monopolisant d'entrée de jeu son oreiller et notre accoudoir commun, raturé 2 documents d'immigration et déchiré un troisième, juré à l'hôtesse que je le faisais pas exprès, donné mes empruntes digitales à un douanier collectionneur, récupéré ma valise et celle d'un autre (il achète la même, ce con, et après il s'étonne...), passé la porte, promis à un chauffeur que je n'étais pas le M. Al Walid qu'il attendait et chopé des yens au distributeur, plein de yens ! Au fait, c'est quoi, le cours du yen ? Et boum, une queue de 46 anglo-saxons qui se forme juste derrière, et pas de table de change à proximité, et l'ATM qui me demande combien je veux pour la deuxième fois sinon je passe mon tour faut pas abuser mince y en a qui attendent le vol a été long si je pouvais me magner bordel ahh ces French guys tous pareils hein déjà qu'ils nous ont pas aidé en Irak les poules mouillées bla bla bla...

Bon, cédant à la pression du peuple américain, j'exige 30.000 yens un peu au pif, ne sachant pas trop si ça permettra de m'offrir un bus pour Tokyo, ou juste le twix pour grignoter en l'attendant. Apparemment, la machine ne s'offusque pas, la banque qui la possède ne fait pas faillite, et l'automate me tend mes premiers billets japonais. Sweet.

Premières impressions : l'aéroport est à taille vachement humaine, mon téléphone marche pas, des bestioles Hello Kitty et cie. disent bonjour sur tous les panneaux alentour, mon téléphone capte toujours rien, l'aéroport est en fait plus grand que je ne pensais, d'ailleurs il est sur 4 niveaux et je voudrais être à un autre, pis l'est quand même à 80 bornes du centre de Tokyo, comment ça j'ai déjà plus assez de yens pour y aller ? et ce Fuckberry qui marche paaas là, chier ! Un "Narita Express" plus tard et je débarque à Ikebukuro, la seule gare tokyoïte d'importance où les gens ne se sont jamais dit qu'un peu d'anglais sur les panneaux pourrait aider le quidam.

L'hôtel est cool, c'est un Crowne Plaza, on n'y parle pas anglais au-delà de "Check-in or check-out?", ce qui fait qu'ils sont bien emmerdés quand on déconne avec un "Check up, please", et la chambre est chouette : 22ème étage, le "centre" de Tokyo sous les yeux, un seul lit, une télé Sony (surprenant) et un seul lit ? Ah ? pas moyen de changer pour une 2-beds ? Hôtel plein ? Donc un seul lit pour de bon pour deux bons bonshommes ? Bon... Comme j'ai dormi 5 heures sur les 30 dernières, je me sens frais et sors à la découverte du quartier. Les plus grands magasins de Tokyo, Tobu et Seibu, sont là pour s'y perdre. Pas un coin à touriste, mais le véritable centre commercial de la ville. Et une fiesta d'enfer dans les rues : une 30aine d'écoles de dance font leur show sur 8 ou 9 axes fermés à la circulation. De tous âges et niveaux, des danseurs gigotent en costume, suivis par un porte-drapeau pour chaque troupe. Un bordel superbe, des sonos dans tous les sens, une estrade centrale où les groupes se font immortaliser par le photographe officiel (il a un badge), et des baraques à frites dressées en quantité (poisson frit, riz frit, trucs frits - ça fait bien 2 heures que je n'ai pas mangé, je mets donc fin à ma diète et j'opte pour un truc frit. On ne se comprend pas et ils me filent à la place un bidule frit ; c'est encore meilleur). Retour à l'hôtel après 3 heures de déambulations, la nuit tombe cash à 17H30 comme si c'était convenu avec le mec en charge des lampions qui commence juste son service, il pleuvine un peu, fait 20°, et un mec se douche dans la chambre - j'imagine que c'est Carl-André. Les accolades qui vont bien, le verre au bar de l'hôtel pour écluser les coupons de bienvenue et refaire le monde depuis tout ce temps, le 2ème verre offert par le voisin jap et son pote qui nous croient/espèrent gays, le 3ème pris ailleurs sans nos admirateurs parce que quand même, quoi, et dîner+soirée dans le quartier d'Electric 60, à deux pas. Plein de néons, des jeux, des bars à nouilles, des magasins de hi-fi, du bruit... Un mini Shinjuku, le quartier d'affaires/jeu/luxure dans lequel nous avons deux nuits à passer au retour de Kyoto. Une bonne entrée en matière, donc, et déjà deux constats :
- les japonais sont très très propres. Des masques pour quelques préoccupés par les miasmes ambiants, des rues nickel à montrer en exemple à nos baignoires, jusqu'au rebelle piercé, cheveux teints et gélifiés, dont le T-shirt "Fuck off, you phat fuck!" est parfaitement repassé ;
- les japonaises marchent en talons aiguille avec les pieds très en dedans à dessein (ils appellent ça la posture "uchimata" - dans les années 30, on trouvait apparemment la démarche jolie sous le kimono). C'est limite douloureux à regarder pour l'occidental, mais Carl et moi n'avons pas cédé à la facilité. Nous sommes restés forts dans nos têtes et jamais n'avons détourné le regard d'une jambe féminine. Jamais.

Cuissardes ou chaussettes hautes au dessus du genou, cuisses nues et mini-short, haut moulant : c'est l'uniforme d'une jeunesse de 16 à 35 ans ultra lookée. Faut s'imaginer la mère de famille en train de tituber sur 14 cm. de talons, dans un short qui porte bien son nom, poussette main gauche, pied droit en dedans, gamin sous le bras opposé, cheveux décolorés châtains, casquette, sac français, pied gauche vraiment en dedans. Si la survie de l'humanité dépendait de la réussite d'un mime de Charlot par une japonaise, on serait mal. (Heureusement, on me dit que ce n'est pas le cas. Sweet.)"

A suivre...

05 novembre 2008

Le Quizzbama aléatoirebama de l'iPodbama (merdobama à la fin)

Pour éviter de parler d'Obama qui a cassé son prénom cette nuit, et en espérant que les médias français arrêtent enfin de nous casser autre chose avec leur ignorance crasse de la politique intérieure américaine, je me livre à mon tour au petit jeu qui secoue actuellement les blogs. Je rappelle les règles: on lance son baladeur en mode aléatoire, et chaque chanson successive doit être prise comme réponse à chacune des 13 questions ci-dessous...
Merci à Hervé, Fred, et Gui de me pousser au train pour que je lance ma petite machine en mode aléatoire, avec un résultat que j'anticipe honteux (j'ai bourré mon tout nouvel iPhone - oui, j'ai craqué - de matériel mp3 qui date de mes années d'égarement musical, juste pour le plaisir proustien. Alors j'ai un peu peur...)

1. Comment vous sentez-vous aujourd’hui? I am what I am, de Gloria Gaynor. Pff, ça commence mal, en plein dans ma liste "compilation iTunes forcée de vieux mp3 disco non étiquetés". En même temps, c'est un bel exemple de philosophie positive. "Je suis ce que je suis". "Et réciproquement", serais-je tenté d'ajouter.

2. Comment les autres vous voient? The In Crowd, des Mamas & Papas. Et je jure que je ne triche pas! "We get respect from the people we meet"... Mamas & Papas avec Mama Cass, ce groupe me rend heureux...

3. Quelle est l’histoire de votre vie? When the whip comes down, des Rolling Stones. Alors là, euh, comment dire... C'est l'album Some Girls, et d'abord c'est pas bien de juger.

4. Quelle chanson pour votre enterrement? C'est fou ce test! The Battle, sur la B.O. du film Gladiator! Oui môssieu!! Le morceau militaro-épique qui vous déchire les entrailles en vous dévoilant un coin des Champs Elysées! ROMA VICTOR!!!
 
5. Comment allez-vous de l’avant dans la vie? They call me Mister Tibbs, de Quincy Jones. Absolument. C'est moi, quoi: un détective noir de San Francisco en pleine blaxploitation, avec imperméable de pimp, cravate large et afro de rigueur.

6. Comment être encore plus heureux? Don't leave me this way, de Jimmy Sommerville. Pour ma défense, je dirais que 1) je préfère la version de Thelma Houston, ok, et 2) cette version que j'ai est la longue, de plus de 6 minutes, avec des super solos de synthé/basse eighties en diable. Sur le fond, je salue celle avec qui je partage ma vie en espérant qu'elle ne s'éloigne point trop de la philosophie globale de cette chanson.

7. Quelle est la meilleure chose qui vous soit arrivée dans la vie? De Profundis, (Passion selon Saint Matthieu) de J.S. Bach. "De profundis clamavi ad te, Domine". Des profondeurs je crie vers Toi. Un peu plus, et une certaine angoisse commence à poindre: mon baladeur en saurait-il aussi long sur moi?? (Heureusement que j'ai aussi la version plus légère du même sujet, décrivant par un chant aviné une certaine lutte dans les régions méridionales de l'anatomie).

8. Pour décrire ce qui vous ravit? Pinball wizard, des Who. Pas de mauvais esprit ni de jeux de mots foireux, ok? C'est pinball, ça veut dire flipper. C'est vrai, j'adore les dauphins. 

9. Votre boulot pour vous c’est… Sway, des Rolling Stones. Oui, oui, je sais, ça veut dire 'étau', et alors? le monde appartient à ceux qui ont des étaus, non? "It's just that demon life that got me in its sway..."

10. Que devriez-vous dire à votre boss? Don't think twice, it's alright, de Peter, Paul & Mary. D'un point de vue salarial, j'aurais plutôt tendance à inverser, mais les voies de l'iGod semblent impénétrables... Cette machine doit être truquée, c'est pas possible.

11. Pour vous, l’amour c’est…? Telegram Sam, de T-Rex. Du grand n'importe quoi, donc! (si quelqu'un a un jour compris le sens des paroles... moi aussi je peux en faire des comme ça! Téléphone Simone, Internet Pierrette, Minitel Christel, Fibre Optique Abdel Malik, Pigeon Suzon, etc.)

12. Pour vous, la sexualité ça doit être… Inside of me, de La Vache. Ce que je craignais: c'est sorti de ma liste "no shame" de vieilleries eurodance aérobico-dopées 1990s. Bon, entre ça et la question 3, je ne sais pas comment je dois le prendre... 

13. Bloguer pour vous c’est…? Time to pretend, de MGMT. Ouf, enfin un truc branché (i.e. avec des synthés reliés par un fil à une prise de courant).

Allez, à vous maintenant: j'aimerais bien connaitre vos interpolations aléatoires, chers lecteurs, tous les Momo, Denice, Ludo, Largy, Mathieu, Hadès, All, mr KK, Gnourf, etc.!

03 novembre 2008

Hommage à Tom Cruise, le meilleur anti-lui-même

Brad Pitt a l'irritante caractéristique d'avoir un crâne dont la taille est la moitié de celle d'Angelina Jolie (qui, j'admets, en a une énorme). Ce constat perturbant rend la vision de n'importe quel film contenant Brad Pitt ou Angelina Jolie éprouvant, voire, dans le cas du film Mr & Mrs Smith où ils sont réunis, une torture, injustifiée par le film, qui est seulement mauvais.
Tom Cruise, quant à lui - et voilà où je voulais en venir -, a l'irritante caractéristique de ne jouer qu'à l'aide de deux expressions corporelles: la tête penchée en serrant la mâchoire, ou avec la main. Rapidement, ça blase.
Sauf qu'il arrive parfois des instants de grâce où le héraut de la scientologie desserre ses fesses de super nain et devient brillant. Ce n'est plus l'acteur légende, c'est le cartoon culte! Et les meilleurs rôles de Tom Cruise sont certainement ceux où il n'est pas Tom Cruise.
La preuve: d'abord, souvenez-vous, dans Magnolia : "Respect the cock!!"

Et dernièrement il ne fallait bien sûr pas rater Tropic Thunder (Tonnerre sous les Tropiques), avec ces deux scènes historiques:

02 novembre 2008

Le monde se divise en deux...

Le monde se divise en deux:
Ceux qui trouvent dans ce film un euphorisant garanti pour les mauvais jours, et ceux qui à la vue du même film sentent monter une angoisse jusqu'à être terrifiés à se jeter en jurlant par la fenêtre. Vous noterez qu'après une dizaine de visionnages, les premiers rejoindront les derniers (aucun lien avec la Bible).

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