14 mai 2008

Histoires Glauques (1): "Underground panic"

Une petite histoire rédigée à la va-vite, à développer en court métrage... Qu'en pensez-vous? Bon, j'admets que la réalisation soit un peu compliquée, avec toutes les autorisations administratives à obtenir!

9f89074a1eed9af09401e29121fff71e.jpgUn type sympathique et propre sur lui descend dans le métro le matin. Jovial, il se promène sur le quai, puis dans la rame, et engage la conversation avec ses voisins, flirte avec des étudiantes, aide des vieilles dames à monter et descendre, aide à porter des poussettes dans les escaliers, etc. Il descend de la rame quelques stations plus loin, et discute avec les artistes et les mendiants du métro, qui passent leurs journées à arpenter les rames.

Peu à peu, imperceptiblement, il apparaît de plus en plus inquiétant. Il reprend des rames en sens inverse, comme s'il allait passer sa journée dans le métro, entre les quais et les rames.

Le manège de ce type, qui passe et repasse, attire l'attention d'un clochard enivré, sale sur lui. Il se met à le suivre. La tension monte. Auprès des voyageurs, le charisme de plus en plus ambigu de l'un fait ressortir la misère repoussante de l'autre qui le suit.

Le clochard semble être le seul à remarquer que le type a de légers tremblements qui vont s'accentuant, des vertiges, tousse parfois, et qu'en réalité il est maquillé pour cacher son teint réel. Ce type est une menace, il en est persuadé - à moins que le vin n'ait rendu paranoïaque ce vieux SDF? Ses tentatives d'alerte auprès des passagers et du personnel sont rabrouées. On le chasse. Il continue à suivre tant bien que mal le type mystérieux.

La traque se termine plus tard dans les couloirs déserts et tortueux entre le métro Etoile et la fourrière en sous-sol de l'avenue Foch. Le type rejoint d'autres types comme lui, que l'on comprend avoir eux aussi passé leur journée dans le métro, tous l'air de plus en plus mal en point. Ils se font des signes de reconnaissance, l'air satisfait et mystique, avant d'envoyer un message par un téléphone spécial à un interlocuteur mystérieux. Le clochard se fait repérer par les individus, qui font mine de le poursuivre mais s'écroulent. Ils meurent les un après les autres dans de sévères agonies.

Le clochard sort et parcourt les Champs-Elysées à la recherche de secours et de policiers à alerter.

ca0a4e16ac30fe6214a089e935ce9eef.jpgOn découvre que les personnes à qui a parlé le type mystérieux au cours de son périple dans le métro sont à leur tout prises de convulsions mortelles, chacune là où elles sont (vieilles dames, porteurs de poussette, étudiantes, etc.).

C'est une attaque terroriste bactériologique massive: chaque terroriste "propre sur lui" s’est inoculé le virus et est entré à différentes bouches du métro, pour contaminer le plus de gens possible, avant d'aller mourir à un point de rendez-vous final avec les autres terroristes.

Le clochard, en cherchant à alerter, est en train de prolonger leur œuvre...

07 avril 2008

Nouvelles à emporter (5)

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Un sécateur simple
Emerveillé par la douceur soyeuse de ses rosiers, Daniel ne vivait que pour son sécateur. Il ne s'en séparait jamais, sauf le matin, de peur de le faire rouiller lors des ablutions quotidiennes auxquelles il s'adonnait, dans la baignoire de sa mère qu'il partageait depuis trente ans. Chômeur sans histoire, célibataire sans histoires, son amour du jardin occupait son esprit et consolait sa vieille maman.
Veuve et retraitée, celle-ci avait élevé avec succès quatre filles, toutes bien mariées à l'autre bout du monde. Elle se lamentait désormais sur Daniel, son petit dernier, le garçon du miracle qui avait fait la dernière joie de son père -- maintenant, le raté qui taillait les rosiers. Avec une maigre pension de veuve pour subsister avec son fils, elle espérait comme à chaque nouveau printemps qu'il s'en aille. Qu'on lui enlève enfin cette épine du pied.
A ces mots, son fils sut quoi faire. Il sortit son sécateur et s'approcha.

11 mars 2008

Les Nouvelles à emporter (4)

medium_typewriter.jpgFin de transmission
Blake L. Stanford avait toujours rêvé d'être son propre patron. La hiérarchie et les contraintes le mettaient hors de lui, mais dans son secteur, l'espace, et dans son métier, astronaute solo en station orbitale internationale, il avait appris à faire des compromis. Il était en mission le 12 mars quand la comète Hilkinson-Huggins fut signalée arrivant droit sur la Terre. Le 13 mars, elle toucha le Pacifique et le 14 au matin, la Terre cessa d'envoyer des ordres. Blake L. Stanford fut comblé.

Les nouvelles à emporter (3)

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Les deux jumelles dans la tombe
La veuve Mercier était une retraitée heureuse et une femme comblée. Victime d'un mari sans le sou épousé par tendresse, elle lui était restée fidèle autant par devoir que par convenance, bien que le conjoint aigri lui reprochât sans cesse son immense fortune et l'incapacité qu'il avait à en jouir. Un incendie providentiel mit fin à la vie du grincheux. On ne retrouva jamais son corps, consumé dans les ruines du ménage. Très abîmée au visage et aux yeux, la veuve enfin libre se tenait depuis à l'écart de la lumière, entourée de jeunes gens pétillants qui l'entretenaient dans la vie de plaisirs à laquelle son rang la destinait. Elle pouvait enfin jouir de son argent, et en profita jusqu'à sa mort, l'année dernière, laissant de nombreux protégés orphelins, et quelques dettes. Ce n'est qu'au moment de la mettre en bière qu'on remarqua ses testicules: ce n'était pas la veuve, c'était le veuf Mercier.

18 juin 2007

Cap Tanger (immédiat) (*)

(*) l'auteur de cette double blague est porté disparu


medium_Tanger_CafeHafa.2.JPGJe ne sais jamais quoi dire aux porteurs de thé. Heureusement, j'en croise peu. La dernière fois, c'était en mai, à Tanger, où j'ai passé plusieurs jours à l'occasion du mariage de mon vieux complice marrakchi Lebaroude avec la belle tangeroise Meriem.
Un conseil : quand un marocain vous dit que son mariage va durer toute la nuit, prenez-le au pied de la lettre...

Le festin commença vers deux heures du matin... Nous étions six voyageurs européens, comme reçus dans les plus beaux fastes des mille et une nuits -- au palais du roi Omar El Neman au moins ! --, entourés de caftans multicolores et de musiques enivrantes... Pour notre part, le combat cessa faute de combattants à plus de six heures du matin, lorsque la mariée repartit  une nouvelle fois afin de revêtir son avant-dernière robe... Longue vie aux jeunes mariés, inch Allah (est grand)!

Tanger est une ville ensorceleuse, avec sa médina toute blanche et sa baie indigo, et les côtes d'Espagne dans la brume, à portée de main, contemplées jour et nuit par de jeunes marocains rêveurs assis aux terrasses. C'est le port du Crabe aux Pinces d'Or, plein de mystère et de nostalgie, loin de la tension des touristes pressés. A Tanger, "on a le temps"... On comprends que tant y soit passés, et peu revenus.

Là-bas, j'ai rencontré le délicieux et non moins énigmatique Amine, cofondateur de la jolie revue littéraire tangeroise Nejma (l'Etoile). Je lui ai promis un court texte autour du thème de "la frontière".
Alors voilà, je me suis lancé:


Femme fatale


A Tanger.

Je les vois, vous savez. Je ne vois qu’eux. Ils ne se cachent même plus. Oh ! bien sûr, ils ne traversent pas pour me croiser, mais je sais que je les hante. Tous ceux qui me contemplent, assis à leurs cafés, les yeux écarquillés, immobiles durant des heures à se perdre dans mes courbes mouvantes. Ils devinent de moi des mystères que j’ignore. Certains n’osent pas me regarder en face, timides derrière leur fumée, et c’est un encens bien triste que le vent me rapporte.

D’aussi loin que je me souvienne, des bateaux fragiles et d’habiles sous-marins ont parcouru mes entrailles de part en part, gênés, comme si je ne pouvais les voir ! J’en ai porté, aussi ; j’en retiens toujours des oubliés, enfouis tout au fond des sables de mon âme. Au nord, au sud, à l’ouest, à l’est, je suis la frontière inconnue, sans cesse profonde et légère, salée mais rafraîchissante. Même mes flancs sont traversés de poissons. Le loup de Méditerranée devient bar en Atlantique, et les morues en été se massent devant moi ; la bouche ouverte, les yeux glauques, les voilà qui attendent leur tour.

Dans leur ville blanche, ce port qu’ils ont poussé si fort vers moi tout en haut de leur pays, je sais qu’on goûte mon écume, les collines et les pins, et les volées de marches blanches des ruelles maigres, et cet arrière-goût de chaleur à la traversée des terrasses. Je les caresse en soufflant vers eux. En retour ils m’enlacent, de leurs deux caps qui entourent la baie. Je suis heureuse indigo.

Vos femmes à vous sont voilées parfois ; aucune ne vous regarde comme moi je vous attends.
Et je cache mes lèvres d’un voile de brume blanche, ces côtes noires d'Espagne, qui se dérobent au baiser.

13 mai 2007

Les Nouvelles à Emporter (2)

medium_typewriter.2.jpgJ’y suis, juriste
Maître Martin, huissier chez Fougnasse, Fougnasse, Fougnasse & Martin, avait refusé toute sa vie de changer de nom. Il dut démissionner.

12 mai 2007

Les Nouvelles à Emporter (1)

medium_typewriter.jpgOn nous écrit de Paris
La fin du monde eut lieu un mercredi, vers dix-huit heures, un peu avant l’heure de pointe.
Du moins on crut que c’était la fin du monde ; en réalité, juste une explosion thermonucléaire. La vitesse de la lumière dépassant de beaucoup celle du son, la plupart des victimes furent d’abord aveuglées avant d’être assourdies.
Passé l’effet de surprise, les survivants se traînèrent jusqu’au boulevard périphérique éventré, espérant être pris en stop par les envahisseurs victorieux qui arrivaient en chars.
A vingt heures, le dernier autostoppeur succomba.
Trop de pollution.

10 avril 2006

La Roupita (1884)

Juste un petit brouillon pour vous dire que je suis rare sur les blogs en ce moment, mais avec vous en pensée. Petit brouillon, premier jet en passant!
A+
Blaise
PS: merci pour tous vos gentils messages, et bravo pour le dernier poilothon, pas eu le temps de mettre à jour..
 


La ROUPITA
, drame lyrique en 5 actes de Francesco Fjord Tombola, d'après un livret de Lorenzo Duponte-Duponde.

Liste des personnages tels qu'il furent présentés lors de la première au festival Wagner à Biroute, le 12 décembre 1884, en présence de Korbeau von Korback, le maître-chanteur de Nüremberg.
ALMAVIVA : un consultant en stratégie.
PAMINA : une étudiante en CP contre le CPE.
CLARABELLA : une vache espagnole.
CAMELIA : un glaïeul.
ENORMA : une rescapée de Gettysburg.
NINJA : une tortue verte.
ROBERCAPA : un valet borgne.
WOUAFWOUA : un caniche enroué.
JEFF : un anticonformiste.
DURDELORELEI: une sirène sourde.

Acte 1
Dans une forêt près du Rhin, deux bandes de blousons de cuir s'affrontent au couteau. Durdelorelei descend d'un rocher et demande qui a frappé. Tous s'accusent les uns les autres, sauf Almaviva qui essaie de régler son powerpoing. Il sort vainqueur et ramène Durdelorelei chez elle. Pendant qu'il cherche à dézipper sa queue de poisson, dehors Pamina se fait attaquer par un serpent de mer volant. Le monstre la poursuit en sifflant une reprise d'un hit anglais, popularisé à la télé par Clarabella. Pamina s'arrête, fascinée par cette mise en abyme dramatique; mais il n'y qu'elle qui rêve, qu'elle qui ait des sentiments, et le serpent en profite pour aller dans ses lèvres, mais pas comme une enfant. Pamina devient nymphomane de serpents, au grand dam de Camelia, son fidèle glaïeul. L'heure du Rhin sonne à la cathédrale, et pour Jeff c'est l'heure d'urhiner sur le premier rang (déjà vide). Rideau.

Acte 2
Métro de Moscou, sous Brejnev. Au premier plan, Enorma, qui occupe les trois quarts de la scène. Derrière, on devine Wouafwoua passant à ski de gauche à droite, avec des quintes de toux, et des rats hurlant à la mort en tutu. Le prix Nobel entre intrigué, en col romain, et ressort avec le chien devenu noir. Enorma entreprend de se manger. La bouche pleine, elle chante un récitatif "le ventre est encore, encore, encore, fécond, fécond, la bête immonde". Il ne reste plus d'elle que son slip dixie, qu'elle enlève afin d'accoucher d'un poisson (on reconnait Durdelorelei), un serpent (on reconnaît Pamina sur le collier anti-puces) et une tortue verte sur une pizza. Jeff vient se finir sur le deuxième rang.

Acte 3
Robercapa se pollue devant la scène coupée de Almaviva sur le dvd de l'acte 1, en se demandant ce qu'est devenu le verbe polluer depuis son 18ème siècle natal. Il surveille sa tortue d'un oeil. Jeff revient sur scène et se fait sauter. Robercapa se sent soulagé après. Les derniers spectateurs périssent avec le souffle. Jacklang monte sur scène et la soirée finit en rave partouze.

26 octobre 2005

Les happenings, c'est comme les moonings : on ne se sent ridicule qu'au dernier moment

Voici « Chienne en Chaleur IV », film X pour chiens produit par Canigoulingus, la filiale coquine et speed-croquettes de Canigou. Une production qui fait suite aux films X pour bovins, interdits en Grande-Bretagne, et aux films X pour chevaux (on a encore en tête le générique de « l’étalon noir et la plus ancienne quéquête de l’homme »).

Elle. Avachie par terre dans la cuisine. Nue. Elle ne porte rien d'autre qu'un peu d'essence de Shampoing dans les cheveux. Elle s'étale du pâté sur le corps, avide comme une polonaise : sa langue lèche pour avaler ça. Elle se traîne à quatre pattes à travers l'appartement, haletant tel Dan Brown se relisant. Ses yeux scrutent l'horizon en quête d'un homme, un vrai. Elle cherche un maître. Un maître qui la flatte, qui la caresse ; qui la corrige aussi, cette vilaine friponne… Qui fasse brûler un encens délicieux sur l'autel de sa croupe. Oh oui elle n'attend que ça, bonne chienne va !


Lui. En capeline bleue de travail. Ses longs poils peignés luisent d'une douce transpiration. Sa langue traîne comme un sexe d'intellectuel. Il frétille d'avance : c'est le réparateur de la télé, il vient s'occuper du pénis après-vente. D'un saut bien senti, il sonne.

ELLE
Wouaf ?

LUI
Wouaf. Wouaf wouaf. Wouaf.

Elle ouvre. Il s'installe dans le salon. Il monte sur le canapé.

ELLE, minaudant
Wououououaaf ???

LUI, viril et complice à la fois
Wouaaf, plutôt wouaaf.

Elle monte sur le canapé. Il monte sur elle.

LUI
Wou, af… Wou, af… Wou, af… Wou, af…

ELLE
Af, wou… Aaf, wou… Aaaf, wou…Aaaaf, wou… Aaaaaf, wou…

LUI
H h h h h wouaf, wouf. A.

ELLE
Miaaaaaouououououou…

LUI, dézippant son costume et se tournant vers la caméra
Chatte qui aboie n’est pas normale.

* FIN *

Prochainement :
Jonathan le Gros gland, un film X du Ministère de la Santé pour la prévention de la grippe aviaire auprès des volatiles, avec des dialogues en esperanto  « Oiseaux, non non à la mort, cui cui à l’amour ! Aimez-vous, mais volez couverts », « Propreté : un seau d’eau au nid, et seulement des brindilles jetables ».
Nous apprenons à l’instant que l’ONG « L’aile ou la cuisse », proche des minorités volantes protégées (aigles bicéphales, rats-cailles, merles-pontifes, ados-moineaux, etc.) et politiquement marquée Montagnard, a nié vouloir tuer le projet dans l’œuf, comme le sous-entendait le ministère. Des noms d’oiseaux auraient été échangés.

13 octobre 2005

Figue éco

En raison de retards trop importants dans la livraison des lettres, la Poste a décidé d'arrêter l'utilisation de scarabées voyageurs.

"En plus, les clients trouvaient qu'on ne pouvait rien mettre de trop volumineux", reconnaît le porte-parole.
A la place, la livraison des plis se fera par serpents voyageurs.
"Au moins, on est sûr que le courrier arrivera jusqu'au destinataire sans encombre. Les gens y réfléchiront à deux fois avant d'attaquer un train postal. Nous comptons ainsi réduire les temps morts à 10% de la durée totale du trajet, avec des pertes limitées à 5% des envois et 3% des destinataires."

On rappelle que le recours à des animaux voyageurs s'était généralisés après le test concluant sur les convoyeurs de fond, remplacés par des pingouins mutants à la fin des années 2020.

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