14 mai 2008

Histoires Glauques (1): "Underground panic"

Une petite histoire rédigée à la va-vite, à développer en court métrage... Qu'en pensez-vous? Bon, j'admets que la réalisation soit un peu compliquée, avec toutes les autorisations administratives à obtenir!

9f89074a1eed9af09401e29121fff71e.jpgUn type sympathique et propre sur lui descend dans le métro le matin. Jovial, il se promène sur le quai, puis dans la rame, et engage la conversation avec ses voisins, flirte avec des étudiantes, aide des vieilles dames à monter et descendre, aide à porter des poussettes dans les escaliers, etc. Il descend de la rame quelques stations plus loin, et discute avec les artistes et les mendiants du métro, qui passent leurs journées à arpenter les rames.

Peu à peu, imperceptiblement, il apparaît de plus en plus inquiétant. Il reprend des rames en sens inverse, comme s'il allait passer sa journée dans le métro, entre les quais et les rames.

Le manège de ce type, qui passe et repasse, attire l'attention d'un clochard enivré, sale sur lui. Il se met à le suivre. La tension monte. Auprès des voyageurs, le charisme de plus en plus ambigu de l'un fait ressortir la misère repoussante de l'autre qui le suit.

Le clochard semble être le seul à remarquer que le type a de légers tremblements qui vont s'accentuant, des vertiges, tousse parfois, et qu'en réalité il est maquillé pour cacher son teint réel. Ce type est une menace, il en est persuadé - à moins que le vin n'ait rendu paranoïaque ce vieux SDF? Ses tentatives d'alerte auprès des passagers et du personnel sont rabrouées. On le chasse. Il continue à suivre tant bien que mal le type mystérieux.

La traque se termine plus tard dans les couloirs déserts et tortueux entre le métro Etoile et la fourrière en sous-sol de l'avenue Foch. Le type rejoint d'autres types comme lui, que l'on comprend avoir eux aussi passé leur journée dans le métro, tous l'air de plus en plus mal en point. Ils se font des signes de reconnaissance, l'air satisfait et mystique, avant d'envoyer un message par un téléphone spécial à un interlocuteur mystérieux. Le clochard se fait repérer par les individus, qui font mine de le poursuivre mais s'écroulent. Ils meurent les un après les autres dans de sévères agonies.

Le clochard sort et parcourt les Champs-Elysées à la recherche de secours et de policiers à alerter.

ca0a4e16ac30fe6214a089e935ce9eef.jpgOn découvre que les personnes à qui a parlé le type mystérieux au cours de son périple dans le métro sont à leur tout prises de convulsions mortelles, chacune là où elles sont (vieilles dames, porteurs de poussette, étudiantes, etc.).

C'est une attaque terroriste bactériologique massive: chaque terroriste "propre sur lui" s’est inoculé le virus et est entré à différentes bouches du métro, pour contaminer le plus de gens possible, avant d'aller mourir à un point de rendez-vous final avec les autres terroristes.

Le clochard, en cherchant à alerter, est en train de prolonger leur œuvre...

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07 avril 2008

Nouvelles à emporter (5)

medium_typewriter.jpg

Un sécateur simple
Emerveillé par la douceur soyeuse de ses rosiers, Daniel ne vivait que pour son sécateur. Il ne s'en séparait jamais, sauf le matin, de peur de le faire rouiller lors des ablutions quotidiennes auxquelles il s'adonnait, dans la baignoire de sa mère qu'il partageait depuis trente ans. Chômeur sans histoire, célibataire sans histoires, son amour du jardin occupait son esprit et consolait sa vieille maman.
Veuve et retraitée, celle-ci avait élevé avec succès quatre filles, toutes bien mariées à l'autre bout du monde. Elle se lamentait désormais sur Daniel, son petit dernier, le garçon du miracle qui avait fait la dernière joie de son père -- maintenant, le raté qui taillait les rosiers. Avec une maigre pension de veuve pour subsister avec son fils, elle espérait comme à chaque nouveau printemps qu'il s'en aille. Qu'on lui enlève enfin cette épine du pied.
A ces mots, son fils sut quoi faire. Il sortit son sécateur et s'approcha.

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11 mars 2008

Les Nouvelles à emporter (4)

medium_typewriter.jpgFin de transmission
Blake L. Stanford avait toujours rêvé d'être son propre patron. La hiérarchie et les contraintes le mettaient hors de lui, mais dans son secteur, l'espace, et dans son métier, astronaute solo en station orbitale internationale, il avait appris à faire des compromis. Il était en mission le 12 mars quand la comète Hilkinson-Huggins fut signalée arrivant droit sur la Terre. Le 13 mars, elle toucha le Pacifique et le 14 au matin, la Terre cessa d'envoyer des ordres. Blake L. Stanford fut comblé.

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Les nouvelles à emporter (3)

medium_typewriter.jpg

Les deux jumelles dans la tombe
La veuve Mercier était une retraitée heureuse et une femme comblée. Victime d'un mari sans le sou épousé par tendresse, elle lui était restée fidèle autant par devoir que par convenance, bien que le conjoint aigri lui reprochât sans cesse son immense fortune et l'incapacité qu'il avait à en jouir. Un incendie providentiel mit fin à la vie du grincheux. On ne retrouva jamais son corps, consumé dans les ruines du ménage. Très abîmée au visage et aux yeux, la veuve enfin libre se tenait depuis à l'écart de la lumière, entourée de jeunes gens pétillants qui l'entretenaient dans la vie de plaisirs à laquelle son rang la destinait. Elle pouvait enfin jouir de son argent, et en profita jusqu'à sa mort, l'année dernière, laissant de nombreux protégés orphelins, et quelques dettes. Ce n'est qu'au moment de la mettre en bière qu'on remarqua ses testicules: ce n'était pas la veuve, c'était le veuf Mercier.

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18 juin 2007

Cap Tanger (immédiat) (*)

(*) l'auteur de cette double blague est porté disparu


medium_Tanger_CafeHafa.2.JPGJe ne sais jamais quoi dire aux porteurs de thé. Heureusement, j'en croise peu. La dernière fois, c'était en mai, à Tanger, où j'ai passé plusieurs jours à l'occasion du mariage de mon vieux complice marrakchi Lebaroude avec la belle tangeroise Meriem.
Un conseil : quand un marocain vous dit que son mariage va durer toute la nuit, prenez-le au pied de la lettre...

Le festin commença vers deux heures du matin... Nous étions six voyageurs européens, comme reçus dans les plus beaux fastes des mille et une nuits -- au palais du roi Omar El Neman au moins ! --, entourés de caftans multicolores et de musiques enivrantes... Pour notre part, le combat cessa faute de combattants à plus de six heures du matin, lorsque la mariée repartit  une nouvelle fois afin de revêtir son avant-dernière robe... Longue vie aux jeunes mariés, inch Allah (est grand)!

Tanger est une ville ensorceleuse, avec sa médina toute blanche et sa baie indigo, et les côtes d'Espagne dans la brume, à portée de main, contemplées jour et nuit par de jeunes marocains rêveurs assis aux terrasses. C'est le port du Crabe aux Pinces d'Or, plein de mystère et de nostalgie, loin de la tension des touristes pressés. A Tanger, "on a le temps"... On comprends que tant y soit passés, et peu revenus.

Là-bas, j'ai rencontré le délicieux et non moins énigmatique Amine, cofondateur de la jolie revue littéraire tangeroise Nejma (l'Etoile). Je lui ai promis un court texte autour du thème de "la frontière".
Alors voilà, je me suis lancé:


Femme fatale


A Tanger.

Je les vois, vous savez. Je ne vois qu’eux. Ils ne se cachent même plus. Oh ! bien sûr, ils ne traversent pas pour me croiser, mais je sais que je les hante. Tous ceux qui me contemplent, assis à leurs cafés, les yeux écarquillés, immobiles durant des heures à se perdre dans mes courbes mouvantes. Ils devinent de moi des mystères que j’ignore. Certains n’osent pas me regarder en face, timides derrière leur fumée, et c’est un encens bien triste que le vent me rapporte.

D’aussi loin que je me souvienne, des bateaux fragiles et d’habiles sous-marins ont parcouru mes entrailles de part en part, gênés, comme si je ne pouvais les voir ! J’en ai porté, aussi ; j’en retiens toujours des oubliés, enfouis tout au fond des sables de mon âme. Au nord, au sud, à l’ouest, à l’est, je suis la frontière inconnue, sans cesse profonde et légère, salée mais rafraîchissante. Même mes flancs sont traversés de poissons. Le loup de Méditerranée devient bar en Atlantique, et les morues en été se massent devant moi ; la bouche ouverte, les yeux glauques, les voilà qui attendent leur tour.

Dans leur ville blanche, ce port qu’ils ont poussé si fort vers moi tout en haut de leur pays, je sais qu’on goûte mon écume, les collines et les pins, et les volées de marches blanches des ruelles maigres, et cet arrière-goût de chaleur à la traversée des terrasses. Je les caresse en soufflant vers eux. En retour ils m’enlacent, de leurs deux caps qui entourent la baie. Je suis heureuse indigo.

Vos femmes à vous sont voilées parfois ; aucune ne vous regarde comme moi je vous attends.
Et je cache mes lèvres d’un voile de brume blanche, ces côtes noires d'Espagne, qui se dérobent au baiser.

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13 mai 2007

Les Nouvelles à Emporter (2)

medium_typewriter.2.jpgJ’y suis, juriste
Maître Martin, huissier chez Fougnasse, Fougnasse, Fougnasse & Martin, avait refusé toute sa vie de changer de nom. Il dut démissionner.

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12 mai 2007

Les Nouvelles à Emporter (1)

medium_typewriter.jpgOn nous écrit de Paris
La fin du monde eut lieu un mercredi, vers dix-huit heures, un peu avant l’heure de pointe.
Du moins on crut que c’était la fin du monde ; en réalité, juste une explosion thermonucléaire. La vitesse de la lumière dépassant de beaucoup celle du son, la plupart des victimes furent d’abord aveuglées avant d’être assourdies.
Passé l’effet de surprise, les survivants se traînèrent jusqu’au boulevard périphérique éventré, espérant être pris en stop par les envahisseurs victorieux qui arrivaient en chars.
A vingt heures, le dernier autostoppeur succomba.
Trop de pollution.

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10 avril 2006

La Roupita (1884)

Juste un petit brouillon pour vous dire que je suis rare sur les blogs en ce moment, mais avec vous en pensée. Petit brouillon, premier jet en passant!
A+
Blaise
PS: merci pour tous vos gentils messages, et bravo pour le dernier poilothon, pas eu le temps de mettre à jour..
 


La ROUPITA
, drame lyrique en 5 actes de Francesco Fjord Tombola, d'après un livret de Lorenzo Duponte-Duponde.

Liste des personnages tels qu'il furent présentés lors de la première au festival Wagner à Biroute, le 12 décembre 1884, en présence de Korbeau von Korback, le maître-chanteur de Nüremberg.
ALMAVIVA : un consultant en stratégie.
PAMINA : une étudiante en CP contre le CPE.
CLARABELLA : une vache espagnole.
CAMELIA : un glaïeul.
ENORMA : une rescapée de Gettysburg.
NINJA : une tortue verte.
ROBERCAPA : un valet borgne.
WOUAFWOUA : un caniche enroué.
JEFF : un anticonformiste.
DURDELORELEI: une sirène sourde.

Acte 1
Dans une forêt près du Rhin, deux bandes de blousons de cuir s'affrontent au couteau. Durdelorelei descend d'un rocher et demande qui a frappé. Tous s'accusent les uns les autres, sauf Almaviva qui essaie de régler son powerpoing. Il sort vainqueur et ramène Durdelorelei chez elle. Pendant qu'il cherche à dézipper sa queue de poisson, dehors Pamina se fait attaquer par un serpent de mer volant. Le monstre la poursuit en sifflant une reprise d'un hit anglais, popularisé à la télé par Clarabella. Pamina s'arrête, fascinée par cette mise en abyme dramatique; mais il n'y qu'elle qui rêve, qu'elle qui ait des sentiments, et le serpent en profite pour aller dans ses lèvres, mais pas comme une enfant. Pamina devient nymphomane de serpents, au grand dam de Camelia, son fidèle glaïeul. L'heure du Rhin sonne à la cathédrale, et pour Jeff c'est l'heure d'urhiner sur le premier rang (déjà vide). Rideau.

Acte 2
Métro de Moscou, sous Brejnev. Au premier plan, Enorma, qui occupe les trois quarts de la scène. Derrière, on devine Wouafwoua passant à ski de gauche à droite, avec des quintes de toux, et des rats hurlant à la mort en tutu. Le prix Nobel entre intrigué, en col romain, et ressort avec le chien devenu noir. Enorma entreprend de se manger. La bouche pleine, elle chante un récitatif "le ventre est encore, encore, encore, fécond, fécond, la bête immonde". Il ne reste plus d'elle que son slip dixie, qu'elle enlève afin d'accoucher d'un poisson (on reconnait Durdelorelei), un serpent (on reconnaît Pamina sur le collier anti-puces) et une tortue verte sur une pizza. Jeff vient se finir sur le deuxième rang.

Acte 3
Robercapa se pollue devant la scène coupée de Almaviva sur le dvd de l'acte 1, en se demandant ce qu'est devenu le verbe polluer depuis son 18ème siècle natal. Il surveille sa tortue d'un oeil. Jeff revient sur scène et se fait sauter. Robercapa se sent soulagé après. Les derniers spectateurs périssent avec le souffle. Jacklang monte sur scène et la soirée finit en rave partouze.

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26 octobre 2005

Les happenings, c'est comme les moonings : on ne se sent ridicule qu'au dernier moment

Voici « Chienne en Chaleur IV », film X pour chiens produit par Canigoulingus, la filiale coquine et speed-croquettes de Canigou. Une production qui fait suite aux films X pour bovins, interdits en Grande-Bretagne, et aux films X pour chevaux (on a encore en tête le générique de « l’étalon noir et la plus ancienne quéquête de l’homme »).

Elle. Avachie par terre dans la cuisine. Nue. Elle ne porte rien d'autre qu'un peu d'essence de Shampoing dans les cheveux. Elle s'étale du pâté sur le corps, avide comme une polonaise : sa langue lèche pour avaler ça. Elle se traîne à quatre pattes à travers l'appartement, haletant tel Dan Brown se relisant. Ses yeux scrutent l'horizon en quête d'un homme, un vrai. Elle cherche un maître. Un maître qui la flatte, qui la caresse ; qui la corrige aussi, cette vilaine friponne… Qui fasse brûler un encens délicieux sur l'autel de sa croupe. Oh oui elle n'attend que ça, bonne chienne va !


Lui. En capeline bleue de travail. Ses longs poils peignés luisent d'une douce transpiration. Sa langue traîne comme un sexe d'intellectuel. Il frétille d'avance : c'est le réparateur de la télé, il vient s'occuper du pénis après-vente. D'un saut bien senti, il sonne.

ELLE
Wouaf ?

LUI
Wouaf. Wouaf wouaf. Wouaf.

Elle ouvre. Il s'installe dans le salon. Il monte sur le canapé.

ELLE, minaudant
Wououououaaf ???

LUI, viril et complice à la fois
Wouaaf, plutôt wouaaf.

Elle monte sur le canapé. Il monte sur elle.

LUI
Wou, af… Wou, af… Wou, af… Wou, af…

ELLE
Af, wou… Aaf, wou… Aaaf, wou…Aaaaf, wou… Aaaaaf, wou…

LUI
H h h h h wouaf, wouf. A.

ELLE
Miaaaaaouououououou…

LUI, dézippant son costume et se tournant vers la caméra
Chatte qui aboie n’est pas normale.

* FIN *

Prochainement :
Jonathan le Gros gland, un film X du Ministère de la Santé pour la prévention de la grippe aviaire auprès des volatiles, avec des dialogues en esperanto  « Oiseaux, non non à la mort, cui cui à l’amour ! Aimez-vous, mais volez couverts », « Propreté : un seau d’eau au nid, et seulement des brindilles jetables ».
Nous apprenons à l’instant que l’ONG « L’aile ou la cuisse », proche des minorités volantes protégées (aigles bicéphales, rats-cailles, merles-pontifes, ados-moineaux, etc.) et politiquement marquée Montagnard, a nié vouloir tuer le projet dans l’œuf, comme le sous-entendait le ministère. Des noms d’oiseaux auraient été échangés.

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13 octobre 2005

Figue éco

En raison de retards trop importants dans la livraison des lettres, la Poste a décidé d'arrêter l'utilisation de scarabées voyageurs.

"En plus, les clients trouvaient qu'on ne pouvait rien mettre de trop volumineux", reconnaît le porte-parole.
A la place, la livraison des plis se fera par serpents voyageurs.
"Au moins, on est sûr que le courrier arrivera jusqu'au destinataire sans encombre. Les gens y réfléchiront à deux fois avant d'attaquer un train postal. Nous comptons ainsi réduire les temps morts à 10% de la durée totale du trajet, avec des pertes limitées à 5% des envois et 3% des destinataires."

On rappelle que le recours à des animaux voyageurs s'était généralisés après le test concluant sur les convoyeurs de fond, remplacés par des pingouins mutants à la fin des années 2020.

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02 juin 2005

Les numéros de carte bleue seraient des anagrammes du génome humain

LYON – Le cryptage des cartes de crédit serait plus proche de nous que ce que nous pensions : c’est en tout cas ce que prétendent deux chercheurs, l’un français, l’autre européen, qui viennent de publier un article retentissant dans la très sérieuse revue Nature.

A partir d’une étude menée sur 10 000 cartes de crédit et leurs propriétaires, selon la méthode des quotas, ils sont arrivés à la conclusion que les numéros de carte de crédit seraient à 78,6 % des anagrammes du génome de leur détenteur.

Une nouvelle qui ne manquera pas, si elle est vérifiée, de susciter un séisme dans le monde du marketing et de la communication en général. "Je dépense donc je suis" : la devise de l’achat impulsif aura effectivement trouvé un écho inattendu… "Pfff…", a indiqué pour sa part Roland Moreno, l’inventeur de la carte à puce. "Nos puces sont intelligentes, mais quand même."

Si c’est vrai, les banques, gardiennes insoupçonnées des génomes de leurs clients, pourront-elles cloner leurs clients à découvert, afin qu’ils soient plus nombreux à payer ? Pourront-elles cloner leurs emprunteurs défunts pour qu’ils honorent le remboursement jusqu’au terme ? Devant un risque que les syndicats n’hésitent pas à qualifier "d’ultralibéral", l’opposition vient d’annoncer qu’elle préparerait un projet de loi contre l’homophobie et les licenciements. "Pfff…" a indiqué l’Elysée, "qui n’a pas de carte bleue".

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23 mai 2005

Comment je me suis emmerdé (mes quatre vies d’été sexuelles en jouant dans la compagnie d'Annie Maud)

Un film de Kryzstofx Krieyslawski et Erich Rohmerovitch
Scénario : Arno Desplechinsky
Personnages : Elle, Lui, Le Chat
Musique : non
Durée : 726 minutes
V.O. Lettonne / sous-titres bretons
Les acteurs sont inconnus et jouent mal.


Scène 1
Un banc grisâtre dans un square glauque, au crépuscule. Pas de lune, encore moins de soleil. Détritus, vieilles bouteilles de Fanta éventrées. Une belette passe dans le ciel et implose. Scène de viol.
Lui est assis sous le banc, la tête appuyée sur une main. Elle, pensive, les yeux fixés sur une flaque d’huile.
La scène doit être jouée sans conviction, à voix basse, tandis qu’une péniche au diesel passe dans l’orchestre. Bruit de tondeuse. Le Chat fait les cent pas dans la flaque en fumant.


ELLE
Pourquoi ?

LUI
Je sais. Tu le sais toujours. Ecoute pleurer les mouettes. C’est Tatiana qui chante.

ELLE
Non, tu mens ! Les mots sont sourds et racistes. Parlons.

LUI
Oui, tu as raison, parlons. Moi, j’aime le chili con carne.

ELLE
Pas moi. Je préfère danser.

LUI
Salope.
(Il se mouche.)

ELLE (riant)
Toujours "tu as raison".

LUI
En plus tu me voles mes tirades. Bleu.

ELLE
Désolé.
(Silence. Grincement de dents.)

LUI
Je t’aime.

ELLE
Hummm...

LUI
Je t’aime.

ELLE
Tu te répètes mon chou. C’est Eugène qui l’a dit.

LUI
J’aime une fille insaisissable.

ELLE
Moi, c’est un garçon chauve, lointain et mystérieux.

LE CHAT
Wouaf ! Wouaf !

LUI
Ta gueule, Chat. Tu n’as pas le droit d’aboyer. Dieu t’en défende.

ELLE
Dieu... Dog... où sont nos valeurs communes ?


Scène 2
Les mêmes, plus ceux qui sont arrivés. Le décor fond sous la lumière des lampes à pétrole. Une table sans pied. Repas familial.
La belette implosée se recompose et plonge dans la flaque de mazout à l’arrière-plan, comme un symbolique saut de l’ange.
Une perche de micro passe dans la caméra.


LUI
Trois points importants. J’en connais seulement un seul : on s’aime. Mais ça ne suffit pas. Rompons.

ELLE
Jamais. Je préfère rompre.

LUI
Tu crois ? Alors je refuse. Si on ne rompt pas, je te quitte.

ELLE
Tope-là mon amour. On n’a rien en commun sinon la différence. Passe-moi le beurre, et mange, sinon ça va refroidir.
(Ce dialogue doit se jouer avec un gros plan sur la salière, cachée dans le vide-ordure.)

LUI
Je veux t’appeler Greta.

ELLE
Ha ! Ha ! (Rires enregistrés.) Où est le sel ? (Long silence. Elle met le feu à une chaise percée.) Je veux le sel tu m’entends ? Trouve-moi le sel, sinon je pars.

LUI
On s’aime ?

ELLE
Oui.

LUI
Ce serait trop simple.

ELLE
Oui. Le sel ?

LUI
Je l’ai jeté à la poubelle. Je suis jaloux de son aséité. J’étais jeune.

ELLE
Tu n’es finalement qu’un homme.

LUI
Alors jouons. Et calculons les chances de gain. Pense à Blaise.


Scène 3
Un quai de gare, sans gare, sans quai et sans train.
Les personnages sont emmurés dans la chaux. Seuls leurs cheveux restent libres. Ils parlent donc la bouche pleine.


LUI
Adieu.

ELLE
J’espère, sinon il n’y a plus de sens.

LUI
Il n’y a plus que la foi. Mais qu’est-ce que la foi, sinon l’unique radeau de la gorgone, comme le chante Théodore ?

ELLE
Nous sommes tous des chats. C’est ce que nous apprennent les générations précédentes qui nous ont précédé avant.

LUI
Miaou... Miaou...
(Gros plan sur les visages qui émergent de la chaux : ce sont des visages félins de chats perdus sans collier. Une lutte à mort s’engage.)
Le mot « fin » s’inscrit alors sur l’écran et une sonnerie retentit pour réveiller les spectateurs.


Le Centre National de la Cinématographie vous remercie de votre contribution au budget de la Bourse aux Réalisateurs Ouverts à l’Usage du Travelling Elliptique (BROUTE).

Prochains films distribués :
La vie aventureuse de la camarade Claude, de Serek Hullmak
Film X tchèque avec une actrice. Violence, fleurs et guerres d’après « Le Mac du Printemps », de Igor Straviolleski.

Ma sœur est une bourgeoise, par Lémina Hegelski.
Vilnius en folie.

Les tracteurs cachent des occidentaux et meurent (une histoire vraie), de Karl McCormick.
L’histoire d’un cancéreux des faubourgs de Sarajevo qui se sacrifie sur un tracteur pour que sa tante puisse aller rejoindre à cheval son fidèle chien, à Tchernobyl, en Ukraine, fin avril 1986. Comédie dramatique.

Ferek Ul Mama Uria (Quatre contes comiques), par Sanders Desprogeski.
Le burlesque russe.


(ndlr : ceci est un texte de « jeunesse » retrouvé et légèrement remanié à l’occasion de cet inénarrable festival de Cannes, donc désolé si le style est trop puéril...)

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20 mai 2005

Le locataire

Les événements qui suivent sont rigoureusement exacts, sauf les quatorze derniers mots.

Moi Blaise (je dis ça car il est si rare que je parle de moi, et je me dis parfois que ce serait assez chaleureux pourtant..), j'habite à Paris dans une cage à lapins, logée dans un immeuble de fous furieux du 17e arrondissement, vers Ternes. Un de ces derniers immeubles de Paris habités pas des vieilles personnes humbles et un peu dérangées qui n'ont guère bougé depuis trente ans - résistant de plus en plus faiblement à la pression alentour de gens riches, jeunes et matérialistes, mais qui mangent bio. Alors que dans mon immeuble, ça sent le potage froid et la gaine sale.

Je vis au quatrième étage, l’étage où il fait chaud en été, froid en hiver, ronflement à travers le mur de gauche, aboiement à travers le mur de droite, et oreille sensible à l’étage en dessous.

Au deuxième étage, ils sont deux.

L’un est une personne d’une soixantaine d’années. Elle s’occupe de l’immeuble. Je veux dire par là qu’elle parsème les paliers de plantes vertes plus ou moins artificielles qu’elle trouve principalement dans les poubelles. Elle insère dans les pots des personnages de lego ou d’hippopotamus. Elle arrose tout le temps, surtout devant chez moi. En tout cas c’est souvent mouillé devant chez moi. Elle a trouvé dernièrement dans une décharge une cage en peluche remplie d’un perroquet empaillé. Je dis dernièrement parce que ça fait la troisième fois en deux ans qu’elle me le décrit comme étant une trouvaille "de la semaine dernière". Je l’ai croisé deux fois à trois et quatre heures du matin en train de cirer les escaliers.

Cette personne, je l’appelais "Madame" lors de mon emménagement. J’ai vite découvert qu’elle s’appelait "Roger". J’aurais dû m’en douter en apercevant quelques poils blancs entre ses absences de seins dans le décolleté de ses chemisiers. Roger porte en permanence une perruque dans des tons rouge sombre, des boucles d’oreilles, une grande casquette de l’équipe de base-ball d’Indianapolis, et une paire de lunettes de soleil de marque contrefaite. Il parle avec une voix de femme, un peu chevrotante du fait de son âge. Il vit seul avec ses deux chiens à qui il parle comme à des enfants retardés. Parfois, la nuit, on le voit sortir en peignoir dans l’escalier, pour gueuler. Ou pour arroser.

Sur le même palier que Roger, il y a un petit monsieur sans âge, atteint de profonds troubles obsessionnels compulsifs. Je le croise parfois le matin (quand je sors de chez moi en retard, retardé par quelque vidéo de MTV qui m’aurait terrifié trop longtemps). Je sais que je vais le croiser, parce que déjà dans l’escalier, une odeur d'urine ou d'ammoniaque me colonise le nez. Cette odeur vient de chez lui. C’est un petit monsieur très courtois et très sale. Il me salue deux fois du même geste de tête, referme quatre fois sa porte du même geste de clé, appuie trois fois sur l’interrupteur du même geste de doigt, referme sa porte, rappuie sur le bouton, prend son éternel sac plastique, entame la descente de l’escalier, s’arrête à l’éternel même endroit pour regarder une dernière fois sa porte, et je l’abandonne en général devant les boites aux lettres. Une chance pour lui qu’il n’y ait qu’une seule boite aux lettres par personnes, sinon il resterait devant ses deux boites aux lettres jusqu’à en mourir d’angoisse. Et je n’imagine même pas ce qui se passerait s’il avait deux pénis (d'ailleurs, vu l'odeur, parfois je me demande).

L’autre jour, j’arrivais chez moi tandis que Roger arrosait les plantes de l’étage. Il avait mis un tablier rose en toile cirée par-dessus son chemisier, et des lunettes jaunes fumées, façon Orlando. Après m’avoir salué et annoncé qu’il avait trouvé une cage en peluche, Roger s’approche de moi et me murmure : "Je ne sais pas si vous avez vu mon voisin de palier, mais il y a des gens bizarres dans cet immeuble".

J’ai manqué de m’étouffer de rire, je lui ai répondu "Heavens ! comme vous avez raison...", puis je suis vite rentré chez moi pour finir de découper les jeunes bourgeoises que j’avais enlevées au parc Monceau.

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11 avril 2005

Parce que parfois l'émotion est plus forte (que le son du canon)

Il fait froid, la ville entière est recouverte de neige, et les rares passants, les cols de leurs manteaux relevés, se pressent de rentrer chez eux pour retrouver leur famille, leur chaleur et leurs certitudes.

Personne ne remarque la petite allumette, blottie entre deux maisons.

Tremblante de froid et de peur, la petite allumette a la tête rouge et elle souffre. Son père va l'allumer si elle rentre sans un sou. Mais elle sait bien que personne ne veut lui acheter ses petites filles. Alors elle se met à les gratter, l'une après l'autre, et chaque petite fille qu'elle gratte se met à rire. Et ces rires de petites filles rappellent à la petite allumette ses jeunes années, quand elle était fiancée à Pinocchio, qui la mettait dans sa poche. Elle ne veut pas perdre l'image de son amour de jeunesse, qu'elle voit apparaître dans le ciel entouré de têtes d'enfant qui rient, et elle aspire de tout son être chétif à le rejoindre, comme avant.

Au matin, les gens ne verront qu'une allumette et des petites gauloises sur le trottoir, et ils se diront que quelqu'un avait allumé sa dernière cigarette et avait jeté par terre l'allumette et le paquet vide ; personne ne comprendra que l'allumette aux petites gauloises a enfin retrouvé sa première flamme.

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10 février 2005

Film catastrophe

Si demain, par une coïncidence folle, les océans, les mers, les lacs, les rivières, les fleuves, les mares, les étangs, les baignoires, les bassins, les fontaines, les sources, les canaux, les rizières, les marécages, les estuaires, les deltas, les sources, les torrents, les ruisseaux, les barrages, les nuages, les nappes phréatiques, les citernes, les réservoirs, les cactus et les bosses de chameaux se vidaient tous d'un coup, eh bien c'est terrifiant de se dire qu'après-demain, les urinoirs ne serviraient plus à rien...

17:40 Publié dans Nouvelles à emporter | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : humour

Hommage

Tic Tac
Tic Tac
Tic Tac
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Tic Tac
Tic Tac
Tic Tac
Tic Tac
Tic Tac
Tic Tac
Tic Tac
Tic Tac
Tic Tac


C’était une pleine minute de silence en hommage à l’inventeur du copier coller, qui s’est malencontreusement coupé du monde.

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